Eugène Carrière (1849-1906)

Par dimanche 22 mai 2022 Permalink

Le symbolisme avant même d'être une sorte de raffinement esthétique que le roman "A rebours" de Joris-Karl Huysmans met en exergue à travers son héros, est une énigme que le peintre propose à l'observateur sans jamais y répondre. Il n'est donc pas étonnant que l'art du peintre symboliste Eugène Carrière soit longtemps resté incompris du grand public. « Le mystérieux de la réalité et la réalité de l'invisible m'ont attiré » dit-il. Le journal "Le Monde" titrait en 1996, soit presqu'un siècle après sa mort, sur sa "périlleuse redécouverte"! Mais Verlaine, Rodin, Goncourt, Gauguin, Denis ou encore Clemenceau soutinrent Eugène Carrière à partir des années 1880 et il exposa largement à Paris au Salon de la Société nationale et au Salon d'automne, mais aussi à Bruxelles, à la Sécession viennoise, à Londres, à Venise. Curieusement les tons ocres, un peu ternes de ses toiles aboutirent au fauvisme. Son enseignement, à l'académie Carrière entre autre, influença les plus grands de Matisse à Picasso en passant par Derain. Les résultats des ventes aux enchères concernant l'oeuvre d'Eugène Carrière sont assez disparates même si ils ont l'air depuis deux, trois ans de vouloir s'envoler. L'oeuvre en une, "Femme au bracelet" de 1906, huile sur ...

Jules Noël (1810-1881)

Par samedi 21 mai 2022 Permalink

Avant que l'impressionnisme n'existât, il y eut des peintres pour le rendre possible. Jules Noël est de ceux-là, souvent considéré comme un précurseur du mouvement artistique. Issu d'une famille nombreuse (son deuxième prénom est Assez!), son père trouve néanmoins le temps de lui apprendre le dessin en Bretagne, province où il passe son enfance. Jules Noël est doué et confirme ses prédispositions à Paris. Ses sujets de prédilections sont tirés des paysages maritimes qu'offrent les cotes françaises de la Bretagne à la Normandie. Ses contemporains adorent et faisaient, d'après la tradition familiale, même la queue devant l"atelier pour acquérir une oeuvre. Jules Noël vendait donc apparemment sans l'aide d'un marchand ce qui était rarissime. Cette réussite professionnelle est ternie par des excès de toutes sortes, en particulier avec l'absinthe qui finira par nuire à la qualité de son travail. A la fin de sa vie, il rejoindra dans une relative pauvreté l'une de ses filles à Alger et mourra deux ans plus tard. Sur le marché de l'art le talent de Jules Noël reste bien prisé. En une, chez Ivoire Guizetti Collet à Reims, ce paysage de falaises au Tréport (27 x 38 cm) s'échangeait le 14 avril 2019 contre 7800€. Ci-dessous ...

Jacques-Emile Blanche (1861-1942)

Par dimanche 15 mai 2022 Permalink

Entrons aujourd'hui dans le monde des élégants et celui du snobisme qui parcourt le Paris de la Belle Epoque aux années folles avec le peintre Jacques-Emile Blanche! Les Blanche sont une famille de cliniciens très en vue et le jeune Jacques-Emile connait tout le gratin dès sa tendre enfance. Aucun artiste un peu lancé de cette période ne lui est inconnu. Plus tard, la vie de Jacques Emile Blanche continuera d'aller du salon d'une duchesse à celui d'un grand banquier et lui-même en tiendra un à Passy, où vécut sa famille et où il demeure aussi. Neuilly Auteuil Passy c'est pas du gâteau comme disait la chanson, mais c'est la croix que porte notre peintre mondain qui passe aussi un peu de temps en Normandie ou à Londres. Excusez du peu! Avec un tel pedigree, chacun se doute bien que Jacques Emile Blanche n'est ni un bourreau de travail, ni un perfectionniste. Il n'a jamais eu faim et, en plus, il n'est pas tourmenté par un atavisme sordide ou un cerveau troublé! S'il possède du génie, comme une fulgurance, il faut voir, par exemple, son beau tableau représentant Marcel Proust, au musée d'Orsay, il laisse aussi souvent sa sensibilité de coté ...

Paul-Charles Chocarne-Moreau (1855-1931)

Par samedi 14 mai 2022 Permalink

Le peintre Paul-Charles Chocarne-Moreau (cousin des fameux sculpteurs, voir: https://politiqart.com/la-famille-moreau-une-dynastie-de-sculpteurs/ ) aime à peindre des scénettes drolatiques mettant en scène de jeunes garçons toujours un peu chenapans, sacripants, à l'orée de leur vie d'adulte, jeunes apprentis-pâtissiers, ramoneurs, enfants de chœur, écoliers. L'enfance au XIXe siècle devient un sujet d'intérêt intellectuel. Notre peintre surfe sur cet éveil des consciences et son succès est considérable. Plus tard aux Etats-Unis Norman Rockwell travaillera dans la même veine. Paul-Charles Chocarne-Moreau s'amuse donc des facéties des petits gars de la classe ouvrière ignorant ceux des classes supérieures. Ses scènes de genre ont un intérêt documentaire, sociologique qui ne laisse absolument pas indifférents les collectionneurs du XXIe siècle qui peuvent y trouver une nostalgie du passé ou une résonance avec le présent. C'est ainsi que Maître Ader présenta hier à Drouot le tableau en une soulignant qu'aujourd'hui encore on pourrait parfaitement voir un jeune pisser sur une affiche électorale. La petite huile sur panneau 34 x 24 cm fut adjugée après une bataille d'enchères environ 7200 €. En 2016 chez Artprecium (Millon), l'huile sur toile ci-dessous, 100 x 75 cm, avec des enfants de chœur en train de chaparder du raisin sur la treille, trouvait amateur pour environ ...

Adolphe Jourdan (1825-1889)

Par dimanche 8 mai 2022 Permalink

Le musée de Nîmes, ville où naît et meurt Adolphe Jourdan, possède une dizaine d’œuvres de l'artiste. Son père Jules était un bon peintre, le fils le dépassa avec des portraits et des scènes de genre qui plurent aussi bien en Europe qu'aux Etats-Unis. Ce peintre néoclassique eut une amitié durable avec Paul Gauguin qu'il rencontra en 1866 à Pont Aven. Quant à Van Gogh, il écrit à son frère Théo en 1874 une liste de ses peintres préférés et dedans se trouve Adolphe Jourdan. Décidément ces grands maîtres, ces grands révolutionnaires de l'art, n'étaient pas hostiles à l'académisme par principe! Quelqu'un comme Jourdan "s’inscrit dans la grande tradition des peintres qui ont étudié à l’école des Beaux-Arts et qui ont perpétué, notamment sous le Second Empire, l‘excellence du métier ingresque aussi bien au niveau du dessin que du coloris" (Fiche détaillée concernant le tableau en une). Adolphe Jourdan fit donc une belle carrière honoré partout ce qui ne m'empêcha pas, pour des raisons financières, d'être employé par un marchand d'art pour réaliser des copies d’œuvres maîtresses comme celle par exemple de "La naissance de Vénus" d'Alexandre Cabanel qu'on confond parfois avec l'original! Les collectionneurs continuent de nos jours à aimer Adolphe ...

Eugénie Salanson (1836-1912)

Par samedi 7 mai 2022 Permalink

Eugénie Salanson fut une femme artiste très en vue au XIXe siècle. Rien ne la prédestinait à la peinture passant son enfance dans une famille de fonctionnaire du nord dont le père était receveur des impôts, la mère évidemment ne travaillant pas... enfin elle eut quand même quatre enfants! Bref, Eugénie commence sa formation à St Omer, n'entre pas aux beaux arts à Paris, l'école étant réservée aux hommes, mais suit l'enseignement de Léon Cogniet, peintre romantique, néoclassique et William Bouguereau, représentant illustre de la peinture académique. Foin de révolution artistique avec Eugénie Salanson, vus ses maîtres, mais une technique remarquablement maîtrisée. A cette époque être une femme artiste était en soi une émancipation, alors il était rarement question pour la gente féminine de transgresser les règles de ce qui était considéré être une bonne peinture. Signalons toutefois que lorsqu'elle eut son atelier à Paris, en effet les commandes étaient nombreuses de la part de la bourgeoisie et sa réussite incontestable, elle travailla à coté de celui de Camille Claudel qui question transgression en connaissait un rayon! Aux enchères de nos jours la cote d'Eugénie Salanson est très fluctuante, l'artiste étant un peu oubliée des collectionneurs. Un portrait d'enfant (en une) huile ...

Nicolaas Warb (1906-1957)

Par dimanche 1 mai 2022 Permalink

Restons cette semaine sur les peintres hollandais qui ont travaillé en France au cours du XXe siècle avec cette fois une femme tenante de l'abstraction géométrique influencée par le constructivisme! Nicolaas Warb née Sophie Warburg décide à 22 ans de s'installer à Paris après des études à l'académie d'Amsterdam. Sans surprise elle traîne du coté de Montparnasse, prend des cours à l'académie de la Grande Chaumière et fréquente les artistes de l'école de Paris. Styliste pour les grands magasins par l'intermédiaire de Kees Van Dongen qui la présente, ce n'est qu'en 1939 qu'elle se concentre sur la peinture et invente son pseudonyme masculin pour être prise au sérieux en sentant qu'elle entrait dans un monde d'homme. A partir de 1946, Nicolaas Warb participe au salon des réalités nouvelles. En 1947, elle y écrit ceci: "Le besoin de créer des formes et des rapports de couleurs est une impulsion naturelle à ceux qui ont le sens esthétique, qu'ils soient civilisés ou primitifs. L'art abstrait nous en donne particulièrement les moyens. Progresser par l'oeuvre d'art, c'est rendre dynamique, réaliser la synthèse de la vie, de la ligne, de l'espace et du mouvement." La cote de Nicolaas Warb est très fluctuante compte tenu de ...

Willem Van Hasselt (1882-1963)

Par samedi 30 avril 2022 Permalink

J'aime ces artistes étrangers engagés volontaires pour la France en 1914 qui obtinrent par la suite la nationalité française. C'était un temps où devenir français se méritait. C'était un temps où il s'agissait d'une fierté. D'origine néerlandaise, Willem Van Hasselt fut de ceux-là. Installé à Paris après des études à l'académie royale de Rotterdam, il est engagé volontaire au service de santé militaire. Peintre, dessinateur, son travail très figuratif, post impressionniste s'oriente vers la représentation de figures, de paysages, marins souvent, de natures mortes, de scènes d'intérieur. Il expose régulièrement à Paris au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts, dont il est membre du comité. Il est dans l'entourage du peintre Maurice Denis. Il se marie avec une fille de la bonne société bordelaise. Élu membre de l'Institut à l'Académie des Beaux Arts à Paris en 1945, il devient membre du comité de l'Institut néerlandais en 1951, président des associations Fra Angelico et France-Hollande à partir de 1951, officier de la Légion d'Honneur en 1952, officier des Arts et Lettre en 1960, vice président de la Société Nationale des Beaux Arts à partir de 1961. Vous voyez, une vie tout ce qu'il y a de plus bourgeoise au service d'un ...

Rémy Cogghe (1852-1935)

Par dimanche 24 avril 2022 Permalink

On dit de Rémy Cogghe qu'il emprunta le cursus honorum des artistes de la IIIe république. Ce peintre roubaisien naturaliste est connu pour ses scènes croquées sur le vif telles le combat de coq, le jeu de bourles, les farces des estaminets… Naissant de l'autre coté de la frontière dans une famille d'ouvriers textiles, il remporte pour commencer le grand prix de Rome de l'Académie Royale des Beaux Arts d'Anvers. Il devient ensuite à Paris élève de Cabanel puis fait son grand tour à travers l'Europe et l'Afrique du nord. Il s'installe définitivement à Roubaix, ville qui doit d'ailleurs beaucoup à l'immigration flamande qui nourrit les tissages, les peignages, les filatures jusqu'à la première guerre mondiale. Quant à Rémy Cogghe, sa pierre, il la dépose dans le domaine de l'art et est aujourd'hui l'un des artistes phares du musée de la Piscine de Roubaix grâce à ses portraits de la bourgeoisie locale et ses scènes de genre inspirées du pittoresque de la région. Le fumeur de pipe en une était proposé chez Millon à Paris le 12 avril 2022. A l'heure où les amateurs s'arrachent le moindre portrait (Ah! Les modes!), cette huile sur toile d'un ténébrisme évidemment tardif (!), 47,5 ...

Ernest Guérin (1887-1952)

Par samedi 23 avril 2022 Permalink

Après des études à l’école des Beaux-Arts de Rennes, le peintre Ernest Guérin achève sa formation à Paris. Auteur d’un ensemble important d’œuvres sur la Bretagne, il se spécialise comme aquarelliste, miniaturiste, enlumineur. Particulièrement doué, il bénéficie rapidement d’une reconnaissance internationale en conférant une atmosphère toute particulière à ses paysages et scènes quotidiennes. Il est l'ami de Mathurin Méheut ( https://politiqart.com/mathurin-meheut-1882-1958/ ). Avec des couleurs froides (gris, vert, bleu) et humides, Ernest Guérin nous invite à visiter une Bretagne imagée, parfois inspirée d’un temps médiéval en révélant ses contes et légendes, loin des révolutions artistiques de son époque. Quelques paysages de Tunisie sont aussi à mettre à son actif. Admiratif de l’art primitif italien, il s’en inspire avec des portraits frontaux et les paysages en arrière-plan. Celui en une est un bon exemple. "Fille de Plougastel Daoulas", cette aquarelle titrée en haut à gauche, signée et datée Bloavez 1915 en bas à droite, 30 x 23 cm, fit chez Dupont & associés à Morlaix en 2021, 6 000 €. A drouot chez Gros et Delettrez, le 22 avril 2022, les deux encres et aquarelles proposées, 18,5 x 23 cm représentant le golfe du Morbihan et un village breton firent respectivement environ 2400 ...