Marc Devade (1943-1983)

Par dimanche 16 janvier 2022 Permalink 1

"La peinture est une chose intellectuelle" affirmait Léonard de Vinci. Marc Devade ne le contredira pas, au contraire. Philosophe et poète, engagé au parti communiste, il se consacre à la peinture à partir de 1966. Avant cela il publie ses poèmes dans "Tel quel" la revue fondée par Jean Edern Hallier et Philippe Sollers. Mais ses préoccupations pour le chromatisme, les leçons de l'abstraction américaine et de la peinture de Matisse, l’entraîne à réfléchir sur le statut de la peinture « comme un objet de connaissance complexe, dont il faut faire la science sur une base philosophique marxiste-léniniste, en relation dialectique avec une pratique dans l'Histoire par rapport au champ économique, politique et social ». Ouf! Charabia très années 60! Bref, concrètement il franchit le pas, peint, est exposé dès 1970 à la galerie du Haut Pavé. Ses premières œuvres en noir et blanc laissent "peu à peu la place à un chromatisme très subtil et une géométrie rigoureuse quasi architecturale avec ses plans, ses équerres, ses fenêtres, toutes les formes peintes en aplats". (la Gazette Drouot n° 17 du 3 mai 2019). En même temps que les collectionneurs redécouvrent les mouvements picturaux de la seconde moitié du XXe siècle, Marc Devade sort ...

Ernest Ponthier de Chamaillard (1862-1930)

Par samedi 15 janvier 2022 Permalink 1

En 1888, après une rencontre à Pont Aven, Gauguin prend sous son aille le jeune artiste autodidacte, Ernest Ponthier de Chamaillard. Peintre et sculpteur par goût, il mène une vie de patachon malgré des études juridiques devant lui garantir un avenir paisible. Mais son oeuvre a du mal à se vendre et son mariage avec une jeune fille du peuple n'apaise pas les tensions avec sa famille de noblesse bretonne. Le droit le rattrape donc, il faut bien vivre, et lorsqu'il exerce comme avoué à Chateaulin à l'aube du XXe siècle, Ernest Ponthier de Chamaillard s’entoure d’une cour d’artistes et reçoit régulièrement la « bonne société » de la région dans son manoir. Et quelle bonne société, gast (1)! Il s'agit de Seguin, Sérusier, Moret, Guillaumin, Maufra, Jourdan ou Slewinski! Toute la fine équipe des nabis et autres postimpressionnistes! Cette prodigalité finira par ruiner le gentilhomme campagnard. Il quitte alors sa Bretagne natale pour Paris et exerce un emploi de bureau tout en continuant à peindre et sculpter. Apollinaire va s'intéresser à lui, mais décidément le pauvre Chamaillard n'a pas de chance car c'est au moment du commencement de la première guerre mondiale ce qui stoppe tout. Parmi quelques souvenirs ayant appartenu au poète, ...

Don’t look up

Par dimanche 9 janvier 2022 Permalink 1

Netflix propose à ses abonnés le film "Don't look up" (ne regarde pas en l'air) avec Di Caprio. Deux savants s'aperçoivent qu'une énorme météorite fracassera la terre dans 7 mois. Après leur révélation, l'attitude des dirigeants américains, de la presse et de la population mène au désastre. Déni de la présidente des Etats-Unis (sublime Meryl Streep!) puis des médias. Division de la population tirée à hue et à dia. Échec technologique enfin. L'avidité est dénoncée. Les télévisions n'ont que la préoccupation de faire de l'audience avec cette nouvelle tournée en dérision. Le secteur privé réalise qu'il peut profiter de cette météorite composée de métaux précieux pour s'enrichir davantage. Les politiciens calculent leurs chances aux prochaines élections à l'aune de la nouvelle. Alors que le délai avant l'impact est suffisant pour régler le problème grâce à l'arme nucléaire, les diverses tergiversations empêchent l'état d'agir. Les demi-mesures prises à cause de l'argent à gagner ne fonctionnent évidemment pas. La tentative sino-russe pour sauver la planète rate. Le scénario fait comprendre assez vite au spectateur que le pire est certain. Le film fait assister à un suicide collectif, un suicide par bêtise. Les scientifiques eux-mêmes sont emportés dans le tourbillon d'âneries qu'ils entendent et se résignent à ...

Eugène Lami (1800-1890)

Par samedi 8 janvier 2022 Permalink 1

Si, enfant, Eugène Lami est impressionné par l'empereur qu'il aurait rencontré en 1810, son oeuvre picturale nous plonge dans ces années de la Restauration hésitant entre nostalgie et réconciliation sur fond de tâtonnements politiques et de reprise économique. Eugène Lami peint alors les uniformes de la glorieuse armée napoléonienne comme la vie élégante de la cour et de la bourgeoisie. Chateaubriand, Gros, Vernet, Géricault font partie de ses relations. Ami du duc d'Orléans, c'est naturellement que ce dernier devenu Louis Philippe lui ouvre grand les portes de la renommée et il peint pour le musée de l'histoire de France à Versailles d'habiles scènes de bataille. Après quelques flottements et un exil en Angleterre où l'artiste y est aussi très recherché d'ailleurs, le second empire lui permet d'exécuter de prestigieuses commandes comme celle pour la château de la Ferrières du baron James de Rotschild. Eugène Lami est le prototype du peintre académique de facture classique donc que les impressionnistes bousculeront à la fin du siècle. Peu lui chaut, en 1879, il est l’un des membres fondateur de la Société des aquarellistes français alors que le médium à cette époque est particulièrement prisé par les collectionneurs et que Lami le maîtrise parfaitement. Sur le front ...

Frank-Will (1900-1950)

Par dimanche 2 janvier 2022 Permalink 1

Si l'on sait les multiples pseudos qu'emprunta le peintre Galien-Laloue ( https://politiqart.com/eugene-galien-laloue-1854-1941/ ), on sait moins ceux que Frank-Will utilisa un peu pour les mêmes raisons que son aîné, i. e. échapper à son marchand d'art, mais aussi pour des raisons familiales. Donc un tableau signé Franque, Frank, William-Frank, Belliot, Naudin peut vraisemblablement être de Frank-Will qui dans un désir de se différencier d'un père trop absent, l'américain Frank Myers Boggs, artiste lui-même réputé, coupa le lien patronymique. Figure montmartroise typique, Frank-Will est très lié avec les peintres Gen-Paul et Leprin et, en leurs compagnies, il participe à plusieurs orchestres amateurs. Mais concernant directement son oeuvre picturale, le travail de Frank Will évolue entre un post-impressionnisme populiste, typiquement montmartrois, et un expressionnisme violent qui tend parfois au tragique. Jusqu'à sa mort, sa vie de patachon lui fera tenir un rôle de « viveur ». Très marqué par son époque aujourd'hui complètement révolue, sa réputation  de rapin, peintre un peu vieilli,  nuit évidemment à son aura actuel. Pourtant, le grouillement coloré de ses vues citadines trahit un coloriste d’une sensibilité beaucoup plus fine que celle qui apparaît sous la rude écorce du personnage. Bref l'homme est attachant, l'artiste de qualité et ses tableaux, le plus souvent des aquarelles, sont financièrement très accessibles. Celui ...

Mathilde Arbey (1890-1966)

Par dimanche 26 décembre 2021 Permalink 2

Mathilde Arbey est une femme peintre formée à l'école des beaux arts de Paris. Durant les années 1930, elle débute au Salon de la Société Coloniale des Artistes Français en exposant des scènes et des paysages du Maroc et de la Tunisie. Les scènes de genre, les portraits, les paysages, les illustrations représentent l'essentiel de son travail d'artiste post impressionniste à la palette souvent assez pâle. Son atelier a été dispersé avec succès en 2007 par le commissaire priseur Christophe Joron-Derem à Drouot. Mais la flamme depuis n'est guère alimentée. Mathilde Arbey n'a peut-être pas d'héritiers ou ceux-ci se désintéressent de son oeuvre... Sa cote est au raz des pâquerettes et je n'aurais pas parlé d'elle si mardi dernier pour le dernier jour de l'année à Drouot, la maison Beaussant-Lefèvre n'avait présenté un tableau du peintre qui quadrupla son estimation. On voit là que l'art de l'expertise vénale est tout sauf une science exacte avec ce genre d'artiste capable du meilleur mais manquant trop souvent d'exigence pour l'atteindre et laissant à la postérité une oeuvre un peu paresseuse. Donc l'huile sur toile, en une, 69 x 52,5 cm présentée dans un cadre en bois doré trouva preneur à 4445 €. Sinon, en 2014 ...

Marie Bracquemond (1841-1916)

Par dimanche 19 décembre 2021 Permalink 2

En histoire de l'art, l'amour du dessin de préférence à la couleur (bataille artificielle s'il en est capable néanmoins de durer des siècles) correspond à une lignée de peintres qu'il est possible de faire partir de Michel-Ange, puis Nicolas Poussin, ensuite David et son élève Ingres. Ingres, pendant qu'il s'invectivait avec Delacroix, apôtre de la couleur, a eu de nombreux élèves, dont une dame qu'on redécouvre au XXIe siècle avec le regard appuyé et admirateur mis actuellement sur les femmes peintres du XIXe. Marie Bracquemond, puisque c'est d'elle dont il s'agit, est plus sage que son maître qu'elle n'aime pas beaucoup: "La sévérité de Monsieur Ingres me glaçait… parce qu’il doutait du courage et de la persévérance des femmes dans le domaine de la peinture… il ne leur confiait que des peintures de fleurs, de fruits, des natures mortes, portraits ou scènes de genre". Foin de corps déformés, foin de sujets dont la plastique est subordonnée à la volonté du peintre. Marie Bracquemond n'est néanmoins pas si raisonnable que ça; même s'il lui est déjà assez dur à cette époque de se faire une place d'artiste dans ce milieu d'hommes, elle délaisse le classicisme académique pour épouser la cause révolutionnaire des impressionnistes ...

Maurice Le Scouezec (1881-1940)

Par samedi 18 décembre 2021 Permalink 3

Le peintre de l'entre deux guerres Maurice Le Scouëzec a été mis en lumière récemment grâce à une exposition de 2014 à la mairie du 6e arrondissement de Paris. Il n'a plus l'aura d'un Modigliani dont il était l'ami, même si parmi les "montparnos", il était rangé à cette époque au même niveau, comme Fujita ou Vlaminck... Avec Le Scouezec aujourd'hui, c'est plus une histoire de collectionneurs éclairés, d'amateurs érudits qui savent la fascinante période artistique qui marquera à jamais l'histoire de l'art, que connut la capitale après la première guerre mondiale. On parle moins volontiers d'école de Paris quand il ne s'agit pas des peintres juifs de l'est de l'Europe venus nombreux offrir leur génie à la France. Non, on parle plutôt des peintres de Montparnasse même si tous aimaient la couleur, la mettaient en haut de leurs recherches. Et toutes ces recherches allaient aboutir. Ils étaient en train d'émergés même s'ils mangeaient encore bien souvent de la vache enragée. Leur réputation mondiale commençait à poindre. Maurice Le Scouezec à ce moment crucial, en bon breton qui a la bougeotte, voyageait en Afrique et rata le coche. Il était pourtant l'un d'entre eux. Mais les portraits qu'il peignait tel un ethnologue, venus ...

Jules René Hervé (1887-1981)

Par vendredi 17 décembre 2021 Permalink 3

Jules René Hervé est le peintre d'une France qui n'existe plus, celle d'un Paris adoré des anglo-saxons et que les esprits forts verront comme un cliché, celle des processions religieuses dans une jolie campagne qui avancent sans crainte d'être attaquées par une horde de musulmans déchaînés, celle de l'école républicaine et de la communion catholique, celle où les enfants jouaient dans les bois sans se sentir obliger de brûler des voitures à la Saint Sylvestre, celle où quarante millions d'habitants suffisaient à en exalter la grandeur, la beauté des paysages, l'unité. Cette France qu'on sait encore avoir existé mais qui bientôt ne sera plus qu'une légende racontée par une grand-mère un peu timbrée à des petits enfants croyant entendre des sornettes ou de la science fiction, est brossée par ce peintre avec tendresse et poésie. Jules René Hervé fait revivre sous nos yeux incrédules l'air du temps, l'air révolu du temps passé. Comme il a dû l'aimer ce peintre qui pendant quatre années batailla dans les tranchées de la première guerre mondiale. Comme il a dû se sentir épuisé quand il compris à la veille de la seconde guerre mondiale qu'il n'était plus dans le coup, que le foultitude de ...

Jules Flandrin (1871-1947)

Par samedi 11 décembre 2021 Permalink 4

De son atelier parisien trouvé grâce à Albert Marquet, Jules Flandrin ou Jules-Léon Flandrin voit la Seine et Notre-Dame. Et souvent il peint cette vue sublime dans un style se partageant entre facture classique et modernité raisonnable. L'artiste succombe en fait aux diverses influences qui traversent son époque et sa vie, à commencer par les nabis dans sa jeunesse puis le fauvisme et le post impressionnisme. Après l'école de dessin à Grenoble, il monte à Paris, le père pharmacien n'y est pas hostile, se perfectionne dans l'atelier de Gustave Moreau, fréquente Sérusier, Matisse ou encore Rouault. Son premier atelier est à Montparnasse comme tout le monde. Ses sujets de prédilection sont  des paysages parisiens, des figures d’enfants, des chevaux... Et puis ce sera la grande guerre au cours de laquelle il combat comme sergent. Au retour, plus ça ira, plus l'isérois qu'il est, reviendra travailler dans sa région natale, y créant d'ailleurs un atelier de tapisserie. L'oeuvre de Jules Flandrin est en train d'être redécouverte. Une exposition a eu lieu à Oxford en 2001, et au musée de l’Ancien Evêché de Grenoble en 2008, après des acquisitions et des dons. Le marché de l'art n'y est pas insensible. "Notre Dame et le petit pont" en une, ...