François Décorchemont (1880-1970)

Par Dimanche 15 juillet 2018 Permalink 1

François Décorchemont est une figure majeure des arts du feu de la première moitié du XXe siècle. Dans sa famille quatre générations d'artistes artisans sculpteurs l'avait précédé. Naturellement il intègre l'école des arts décoratifs où son père enseigne la sculpture. "Par nature et par gout, il se destinait à la peinture qu'il n'a jamais abandonné et en laquelle il avait foi. Toutefois sous l'impulsion de son père qui pensait obtenir des résultats pratiques et rémunérateurs, il suivit la voie où il s'est fait connaître" écrivait son épouse. Alors le verrier devint un véritable alchimiste de la couleur et traduit ses dons d'abord avec la grammaire naturaliste de l'art nouveau puis avec celle des lignes épurées de l'art déco. Si ses premières créations sont des grès, très vite François Décorchemont s'épanouit avec les pâtes de verre. Les ornements décoratifs sont originaux mais surtout l'artiste transformé en chimiste les décline plus ou moins épaisses, plus ou moins opaques et produit ainsi des pièces jouant merveilleusement avec la lumière. Avec un  tel pedigree, les petits objets de vitrine, signés Décorchemont, fabriqués en toutes petites séries, valent très chers. Le vase calice aux papillons, en une, de seulement 12,8 cm de hauteur, vendu chez Millon le 26 ...

Edouard Cortès (1882-1959)

Par Samedi 14 juillet 2018 Permalink 1

Les vibrants paysages de Paris ont fait la renommée du peintre Edouard Cortès. Une évaporation de l'eau venue de pavés mouillés, une brume qui se déchire, un soleil qu'on devine en train de percé font l'atmosphère des scènes de genre du peintre. Et c'est alors qu'Edouard Cortès séduit vraiment en prenant un quartier de la capitale dans l'instantanéité d'un passant qui traverse, d'une mère de famille qui flâne, d'une marchande de quatre saisons qui travaille, d'un fiacre se dirigeant vers sa destination. Le peintre nous fait ainsi revivre le Paris de la belle époque dans d'importantes compositions permettant à l'observateur de s'immerger dans un temps révolu avec une double nostalgie. Celle d'abord, particulière à cette fin du XIXe siècle, qui voit de nombreux intellectuels s'insurger contre le Paris né des travaux du baron Haussmann ayant fait disparaître en partie la ville médiévale trop souvent composée de ruelles sombres, d'artères sales et de coupe-gorges sordides pour voir naître ces avenues à l'unité architecturale qui fait son charme dorénavant. Un nostalgie d'aujourd'hui aussi où toute une vie bourgeoise du passé se dévoile dans une ambiance tellement plus douce que celle offerte maintenant qu'on ne peut que jalouser tous ces personnages amoureusement ébauchés par ...

Ernest Chaplet (1835-1909)

Par Dimanche 8 juillet 2018 Permalink 1

En 1872, Ernest Chaplet invente à Bourg-La-Reine le décor à barbotine peint directement sur la terre cuite au pinceau avec un mélange d'argile liquide colorée, comme sur une toile. D'audacieux effets de matière avec des décors plus abstraits qu'avant naissent de cette technique. Cela n'empêche pas Ernest Chaplet, sculpteur et céramiste de s'intéresser en tant qu'artiste à tout ce qui repose sur la transformation d'une matière minérale par la chaleur comme bien sur aussi la porcelaine. En une, le délicat vase cylindrique, de sa production, de 30,8 cm de hauteur, est en porcelaine émaillée rouge flammé en 1886 et surémaillée vers 1891. Il  se vendit chez Tajan svv, le 22 mai 2014, 26 796 €. Si la marque de fabrique du céramiste a longtemps été un fameux grès brun brut comme cette jardinière, ci-dessous, sur table en bois et cuvelage métallique avec la marque en creux au chapelet ainsi que celle "H&C" de l'atelier Blomet, 86 x 55 x 34 cm, estimée dans une vente à Limoges en 2012 entre 6 000 et 8 000 € sans trouver preneur, Ernest Chaplet révolutionne aussi la spécialité avec des vases et des plats au décor japonisant qu'il réalise aux commandes de la manufacture d'Auteuil appartenant ...

Francis Picabia (1879-1953) à Drouot

Par Dimanche 1 juillet 2018 Permalink 1

L'huile sur toile en une de Francis Picabia était jeudi 28 juin sous le feu des enchères à l’hôtel Drouot présentée par la maison de vente Jean-Marc Delvaux. Si la vacation ne proposait aucune autre oeuvre de ce niveau, cela n'a pas empêché les collectionneurs d'être bien présents. Le catalogue relate une anecdote où le peintre encore enfant discute avec son grand-père photographe amateur: «Tu veux devenir peintre ? Bientôt nous (les photographes) aurons rendu la peinture inutile. Nous reproduirons toutes les formes et toutes les couleurs mieux et plus vite !», Francis Picabia aurait répondu: «Tu peux photographier un paysage, mais non les idées que j'ai dans la tête. Nous ferons des tableaux qui n'imiteront pas la nature.» Le tableau (54 x 65 cm) vendu, représentant des peupliers à Moret en 1904 correspond à la période impressionniste du maître influencée par Pissaro et Sisley. Après 1909, Francis Picabia rompt avec le figuratif pour devenir l'un des fondateurs de l'art abstrait. Et toc pour le grand-père! L'oeuvre qui nous préoccupe fut adjugée environ 206 000 € environ après une dure bagarre entre plusieurs téléphones. Frédéric Le Quer PS: Sur Picabia voir aussi: https://politiqart.com/francis-picabia-1879-1953-liconoclaste/  

De Drouot à Utrillo

Par Jeudi 28 juin 2018 Permalink 4

L’hôtel Drouot a vécu une journée difficile hier avec un bug informatique qui a, plus d'une heure, interrompu les ventes. En effet les commissaires priseurs comptent dorénavant beaucoup sur les enchères faites, simultanément à la vente en salle, sur internet. Et quand ça ne marche pas, on les voit tout déconfis, énervés même à cause des frais importants que demande Drouot pour un service, à les en croire, plutôt chaotique. Ils souhaiteraient pour les plus grosses maisons, pouvoir utiliser leur propre "live" pour se passer de celui qui leur est imposé, mais c'est refusé... Alors, dans la plupart des salles il a fallu attendre, attendre au point que beaucoup d'acheteurs sur internet ont fini par lâcher l'affaire. Sans doute qu'un manque à gagner a résulté de cette affaire alors que la saison bat son plein avec des objets et des tableaux de plus grande qualité qu'à d'autres périodes de l'année. Signalons toutefois la vente de deux gouaches sur papier de Maurice Utrillo mises en perspectives de manière très intéressante dans le catalogue de la maison Marc-Arthur Kohn située avenue Matignon. Ces tableaux ont été peints entre 1925 et 1935, époque durant laquelle le peintre vit au château de Saint Bernard dans ...

Jules Cavaillès (1901-1977)

Par Samedi 16 juin 2018 Permalink 1

Combien de fois Jules Cavaillès a-t-il pu peindre des femmes, sa femme, essentiellement, devant une fenêtre laissant voir un paysage, de face ou de dos! Peut-être ressentait-il un besoin de liberté chez sa compagne, un désir d'évasion... Tout est très bourgeois dans la peinture de l'artiste. Elle sait rendre l'impression du bonheur grâce aux masses de couleurs pures distribuées en surfaces distinctes. Son style s'insère au sein d'un groupe de huit peintres, les peintres de la réalité poétique. Enfance heureuse dans le Tarn. Jeunesse heureuse aussi à Paris (il s'installe à La Ruche), élève à l'académie Julian. Vie professionnelle réussie avec en 1936 le prix Blumenthal. Engagement à la tête d'un groupe de résistants dans le maquis languedocien récompensé après la guerre lorsqu'il devient conservateur du Musée des Augustins de Toulouse, et l’année suivante, Professeur à l’École des Arts Décoratifs de Paris. Décidément tout a bien marché pour Jules Cavaillès qui peut se considérer comme un petit maître dans son art. Néanmoins, de nos jours, ses fortunes sont assez diverses dans les salles des ventes. Les œuvres sont un peu datées, vraisemblablement... Celle en une, de 1975, avait beaucoup séduit lors de la dispersion couronnée de succès du fonds Cavaillès de la ...

Le dragon pour les asiatiques

Par Vendredi 25 mai 2018 Permalink 1

Dans les arts de la Chine, le dragon représente l'un des motifs décoratifs les plus recherchés. L'animal symbolique des pays d'Asie orientale est le maître absolu des nuages et de l'eau. Si le phénix est l'emblème héraldique de l'impératrice, le dragon est celui de l'empereur. Quatre espèces à morphologie différentes sont identifiables: Kiao-lung, le plus connu caractérise le dragon au corps de serpent et à tête de cheval, T'cheu-ling, le dragon sans corne, K'ieu-lung distingue celui à corne et Ying-long est pourvu d'ailes (info Gazette Drouot n°1526). Le bestiaire fantastique chinois très abondant jusqu'à la dynastie Han (de 206 av. J.C. à 195 ap J.C.) se réduit ensuite au dragon et au phénix. On comprend le rôle majeur du premier puisqu'il est censé faire tomber la pluie et régir la mer et les fleuves dans des régions essentiellement agricoles où la sécheresse alterne avec d'intenses précipitations pouvant provoquer de violentes inondations. Rattaché au culte de la fertilité, les confucéens voit aussi dans sa multiplicité le signe d'un bon gouvernement. Alors, logiquement, le dragon participe à la décoration d'objets et d'immeubles. Sa présence est plus un porte-bonheur que systématiquement le signe d'une valeur pécuniaire extraordinaire. Néanmoins quand le dragon reproduit devient symbole impérial ...

Zwiener, Joseph-Emmanuel (1849-vers 1900)

Par Dimanche 20 mai 2018 Permalink 1

Zwiener, immigré allemand comme beaucoup de ses collègues ébénistes parisiens, réalise entre 1880 et 1895, au 12 rue de La Roquette à Paris, des meubles reprenant les standards des productions du XVIIIe siècle. S'il exécute des copies du célèbre bureau de Oeben et Riesener, il s'approprie aussi les styles Régence, Louis XV, Louis XVI, en mélangeant allègrement leurs caractéristiques sur une même réalisation qui dévoile, par exemple, à la fois les galbes du Louis XV, les motifs décoratifs du Louis XVI et les bronzes du Régence. Ainsi ses créations en deviennent presque originales, cela plait et lui vaut une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1889. L'artiste vend son très riche, (trop riche?) mobilier emprunt de virtuosité et de précision à une clientèle fortunée notamment britannique. Pour Kjellberg (auteur du Meuble français et européen du moyen-âge à nos jours), son style se rapproche en fin de compte du Rococo bavarois. Beaucoup des productions de Zwiener lui furent attribuées tardivement car l'ébéniste "avait pris l'habitude d'estampiller ses créations sur l'envers de ses serrures en bronze, un endroit peu accessible pour 'examen" (La Gazette Drouot n°1436). La commode en une (91 x 115 x 57,5 cm) en est un exemple. Elle fut mise en ...

Thomire, Pierre Philippe (1751-1843)

Par Samedi 19 mai 2018 Permalink 1

Le bronzier Pierre Philippe Thomire personnalise dans son domaine par son gout pour le monumental et son "incroyable maîtrise technique" dixit Kjellberg, la riche et courte époque empire. Ses surtout de table, ses torchères, ses ornements de meuble sont fastueux. Ses inventions de sujets et de formes le font copier dans l'Europe entière. Son talent de sculpteur se révèle sous Louis XVI grâce à l'enseignement de Pajou et Houdon. Il entre dans l'atelier de Gouthière, le grand bronzier du XVIIIe siècle qui porte l'art de la ciselure à sa perfection. Mis néanmoins en faillite, Thomire reprend le flambeau. Il s'adapte aisément au style plus sévère du néoclassicisme et des sujets à l'antique. Ses œuvres se retrouvent alors à la cour et dans les demeures impériales. Le marché de l'art prise énormément Pierre Philippe Thomire. Ses créations sont bien connues grâce à la documentation et aux dessins archivés. Le centre de surtout de table, cristal et bronze doré, signé Thomire Paris, h: 94cm,, en une, était estimé autour de 20 000 € lorsqu'il passa en vente le 28 septembre 2013 chez Vichy enchères svv. La paire de vase, ci-dessous, h: 45 cm, fit le 5 novembre 2013 à Toulouse chez Marc Labarde svv, ...

Ecole de Crozant

Par Samedi 12 mai 2018 Permalink 1

"On ne sait dans ces lieux qui a été le plus hardi, le plus tragiquement inspiré, de la nature ou des hommes". Ainsi s'exprime George Sand pour décrire le village de Crozant et ses environs qu'elle visite avec Frédéric Chopin. Aux confins de l'Indre et du Limousin, dans la vallée encore sauvage de la Creuse, des peintres viennent à sa suite, pendant près d'un siècle, entre 1860 et 1950, poser en plein air leur chevalet pour capter ce paysage tant aimé de l'écrivaine et animer ainsi l'école de Crozant Des paysagistes trouvant l'inspiration dans la contrée, l'un des plus connus est Jean-Baptiste Armand Guillaumin (1841-1927). Difficile cependant d'y voir un chef de file puisque l'école de Crozant n'a pas de maître bien que l'appellation apparaisse dès 1864. En tout cas l'artiste impressionniste se joint à la colonie déjà installée pour arpenter la région à partir de 1893 (en une, de Guillaumin, "Barrage de Genetin, Crozant", 60 x 73 cm, vers 1906, vendu en 2016 à Cannes, 52 710 €). Un autre peintre avec le parisien Paul Madeline (1863-1920) qui apprécie beaucoup les rives de la Creuse et y exerçe son art comme avec ce tableau, ci-dessous, adjugé à Guéret chez Turpin ...