Squid Game

Par dimanche 17 octobre 2021 Permalink 1

En quelques semaines, 111 millions de foyers à travers le monde ont déjà regardé la sulfureuse série coréenne Squid Game avec son atmosphère infernale. Le cinéma coréen en perdant petit à petit sa caractéristique théâtrale avec des acteurs qui surjouent leurs sentiments utilisant pour ce faire des mimiques qu'un occidental trouvera puériles, s'internationalise grâce à ses sujets intelligents et difficiles mais traités avec fluidité sur l'absurdité de la condition humaine que les crises économiques et sociales révèlent plus encore. "Parasite" (il faut voir ce film absolument), palme d'or à Cannes puis oscarisé à Hollywood, a su montrer la voie en étant sur les gammes de la comédie, de  l'horreur, de la catastrophe pour témoigner de la réalité d'un mal-être pas seulement coréen mais universel. Vous m'avez compris, ce cinéma d'Asie est tout le contraire du cinéma français actuel qui se regarde le nombril de peur d'avoir à montrer des vérités politiquement incorrects sur le monde actuel! Pour en revenir à Squid Game, la série m'a fait penser à "On achève bien les chevaux", ce film se déroulant pendant la grande dépression aux Etats-Unis où les couples dansent jusqu'à épuisement pour gagner de l'argent en restant les derniers sur la piste. La déraison est ...

Encore un portrait de chien d’Edouard Manet ?

Par samedi 16 octobre 2021 Permalink 1

Le 13 octobre dernier, une vente uniquement en live avait lieu sur internet. La maison Kalck à Paris organisait une vacation listée mais sans catalogue concernant des tableaux et objets d'art. La surprise est venue du portrait de Zizi, un petit chien (en une), estimé entre 80 et 100 euros, malgré une dédicace et une signature Manet. En effet la maison de vente ne se faisait aucune illusion sur l'adéquation qu'il pût y avoir entre ce tableau et le grand maître impressionniste, y voyant plutôt une supercherie ou une homonymie qu'une quelconque redécouverte comme celle faite par Drouot Estimation 140 ans plus tard, présentée en vente en février dernier et vendu 520 800 € ( https://politiqart.com/manet-et-les-autres/ ). Portrait ci-dessous. Néanmoins ce ne fut pas l'avis de deux amateurs qui avaient forcément en mémoire cette précédente vente, bien que, comme c'est tellement visible, la touche soit totalement différente d'un tableau à l'autre. Mais Edouard Manet a souvent fait des portraits de chiens; une autre de ses  peintures animalières, ci-dessous, somme toute assez banale, avait été présenté en Angleterre sur la base d'une estimation de 300 000 €. Alors la bataille fit rage entre un téléphone et internet pour prendre fin à plus de 36 ...

Paris est une fête!

Par dimanche 10 octobre 2021 Permalink 1

Oh, je sais, Paris est une une fête va à rebrousse-poil du fameux #SaccageParis... Et pourtant... Une fois n'est pas coutume je vais raconter mon après-midi d'hier. Je suis parti voir la Samaritaine. Elle a diminué comme peau de chagrin mais ce qui en reste est beau. Son style discrètement art nouveau a été sauvegardé. Les poutrelles métalliques moins verdâtres que dans le temps, j'ai regretté ce manque de patine à l'ancienne, continuent néanmoins de donner un élégant aspect industriel à l'ensemble. Elégant, industriel, ça semble être antinomique, mais c'était toute la Samar dont le quartier populeux continua à ressembler à celui du "Bonheur des dames" jusqu'à la fin du XXe siècle. Maintenant plus rien à voir d'un point de vue sociologique. Finis les bons de la semeuse. Chic et cher. Mais c'était tout de même la fête vers 14 h 30 avec une espèce de jazz band dirigé par un Monsieur Loyal chauffant les allées accompagné de majorettes qui parcouraient les étages du magasin pour finir par évoluer autour d'un somptueux gâteau d'anniversaire pour les un an du nouveau magasin. La musique était entraînante et les majorettes avaient pris un sacré coup de jeune. Le numéro était au point. Elles ...

Nature morte de Louis Block 1879 – 1909

Par samedi 2 octobre 2021 Permalink 1

La nature morte, en une, témoigne d'une technique remarquable, d'une minutie diabolique. Sa composition n'est pas particulièrement originale, certes. Il y manque peut-être un chat marchant précautionneusement entre les vieux livres pour pimenter l'oeuvre ou une enluminure au caractère surprenant enjolivant une feuille. Mais la critique est aisée... Le peintre, absolument pas concerné par les avant-gardes sévissant en France au même moment, s'est concentré sur l'illusion parfaite, sur le fouillis très calculé de la scène particulièrement plaisant à regarder. Ce tableau, une aquarelle sur papier, est l'oeuvre d'un britannique, mal connu, actif à la fin du XIXe siècle. Nommé Louis Block, spécialiste des natures mortes, il bénéficia d'une exposition post mortem dans le New Jersey au Mana Contemporary, et quelques unes de ses créations passent parfois sous le feu des enchères. Son meilleur score semble avoir été réalisé chez Sotheby's à Londres en 2015 pour le tableau ci-dessous, une aquarelle sur papier intitulée "Sauf homme vivant, il n'y a rien de plus merveilleux que les livres" qui trouva acquéreur pour 6 700 € environ. Mais pour en revenir à notre tableau en une, "Nature morte aux livres anciens", 32 x 57 cm, la maison Villanfray ovv le présentait hier à Drouot dans ...

Alix Aymé ( 1894-1989 )

Par dimanche 26 septembre 2021 Permalink 1

Alix Aymé est une femme peintre, française, prise de passion pour l'Asie, aimant à transcrire des scènes intimistes avec une infinie subtilité et ce quelque soit le médium utilisé. Après avoir fréquenté l'école des beaux arts de Toulouse, lorsqu'elle monte à Paris, Maurice Denis parachève la formation de cette élève brillante. Elle travaille aux ateliers d'art sacré et participe au décor de la coupole du théâtre des Champs Elysées. Mais sa grande révélation est son voyage à 26 ans à Hanoï avec son premier mari durant lequel elle enseigne le dessin au lycée français. Entre parenthèse, son nom Aymé vient de son second mariage avec le frère de l'écrivain Marcel Aymé. Ensuite ses voyages la mèneront aussi au Japon, au Laos ou au Cambodge. Les techniques picturales asiatiques la passionnent. Quand elle enseignera à l'Ecole des Beaux Arts de Hanoï, elle participera à la renaissance de la laque. Aux enchères Alix Aymé est de plus en plus chère à cause du plaisir louable d'une certaine classe sociale vietnamienne enrichie de se réapproprier les œuvres créées en Indochine au début du XXe siècle. Le paravent en laque en une est un bon exemple. 102 x 157, présenté chez Aguttes à Drouot sous ...

Labadie Charles Toussaint (1771 – 1798?)

Par samedi 25 septembre 2021 Permalink 1

Le dessin ancien, ci-contre, lors d'une petite vente listée organisée au sous-sol de l'hôtel Drouot par la société Thierry de Maigret a créé hier la surprise. Ce beau portrait d'enfant au crayon "porte une signature Labadie" pour reprendre les termes exacts du catalogue. La maison ne voulait visiblement pas trop s'engager préférant rester dans le flou à propos d'un artiste brillant mais dont l'histoire de l'art ne sait quasiment rien. Il s'agit certainement de Charles Toussaint Labadie né en 1771 à Paris et probablement mort en 1798 dans la même ville, en tout cas on perd sa trace à ce moment, d'origine méridionale néanmoins comme son nom l'indique, connu pour avoir portraituré une partie des députés des Etats Généraux de 1789 et de la constituante. Plusieurs centaines de ses réalisations sont dans les collections nationales représentant à la fois des œuvres d'art et des documents très intéressants. L'estimation était bien modeste entre 300 et 400 euros. Le cadre à palmettes probablement plutôt Restauration était beau. La taille du dessin 22 x 18 cm adéquate. Plusieurs téléphones se sont battus longtemps et l'acquéreur a déboursé un peu plus de quinze mille euros. Ci-dessous le visage en gros plan. Je mets ci-dessous une peinture ...

Rien n’a changé

Par samedi 18 septembre 2021 Permalink 1

Je ne résiste pas à retranscrire un court passage tiré du roman de William Somerset Maugham, "Le fil du rasoir". Il y compare le Paris des années 1920 à celui de la fin du XIXe siècle. Rien n'a changé. Et l'auteur anglais d'être rassuré par la France éternelle! Mais pour nous, cent ans plus tard, entre 1990 et 2020, tout s'est délité... "... Je me rendis au jardin du Luxembourg et, pendant une heure, j'admirai une fois de plus quelques tableaux que j'aimais particulièrement. Puis j'allais flâner dans les jardins, en évoquant des souvenirs de jeunesse. Rien n'avait changé. Les étudiants - ils auraient pu être les mêmes qu'autrefois - se promenaient deux par deux le long des allées de gravier, discutant avec animation les écrivains qui les passionnaient: les mêmes enfants faisaient rouler les mêmes cerceaux sous l’œil attentif des mêmes nourrices: les mêmes vieillards se chauffaient au soleil en lisant le journal du matin: les mêmes femmes sans âge et en deuil, assises sur les mêmes bancs gratuits, bavardaient du prix des légumes et des méfaits domestiques. Puis j'allai à l'Odéon feuilleter les récentes publications exposées aux étalages des galeries: et je vis des jeunes gens qui comme moi-même ...

La mort de Belmondo

Par mardi 7 septembre 2021 Permalink 1

Belmondo est mort et c'est encore un peu d'une France française qui part, une France non sectaire mais une France assimilationniste dont l'histoire est remplie de grands hommes venus parfois d'ailleurs et devenus irrévocablement français, cette France où l'immigration n'était pas un sujet puisque les immigrés allaient devenir français ou sinon repartiraient. Cette disparition ramène à ce que les dirigeants politiques ont renoncé depuis quarante ans, faire des immigrés des gens dont on ne sait pas qu'ils le sont, faire des immigrés des français. Le jeune Jean-Paul est devenu l'ambassadeur à travers le monde du pays que son père avait adopté. C'était les années 60 et 70. Dorénavant les deuxièmes et troisièmes générations d'immigrés continuent d'être du pays de leur parents ou de leurs grands parents sans jamais se sentir français, en étant simplement des français de papiers. La mort de Belmondo vient alors en résonance avec les propos de la mère de Shaina, à lire dans le journal Le Monde d'avant hier, dont la  fille, victime d’un viol collectif il y a deux ans, a été poignardée et brûlée vive, qui déclare qu'"ici c'est comme en Afghanistan". La France est devenue un territoire en friche où l'on entre sans avoir besoin de se ...

Tête de mort à Drouot

Par dimanche 25 juillet 2021 Permalink 1

Une collection éclectique qui mit un quart de siècle à se constituer, était dispersée lors de ttois vacations, il y a deux semaines à Drouot par la maison Auction Art Rémy Le Fur. Signe des temps, les objets les plus morbides furent très convoités. Evidemment, plus élégamment, ils sont souvent qualifiés de "memento mori" ( souviens-toi que tu vas mourir) ce qui leur donne un caractère littéraire, philosophique qui traverse les siècles et fait curieusement parfois oublier à leurs riches possesseurs qu'en effet, ils mourront comme les autres... Commençons avec la première journée par un bronze ci-dessous de 24 cm de haut qui trouva preneur à plus de 1700 €. Continuons par un crâne en bois sculpté haut de 23 cm qui fit environ 1250 €. Extasions nous avec un crâne anthropométrique, le squelette désarticulé, les os se rapprochant ou s'écartant grâce à une molette, par Edmée François Chauvot de Beauchêne, vers 1820, H.: 52 cm ci-dessous qui approcha les 6000 €. Ensuite arrêtons nous sur un squelette articulé en tilleul sculpté et patiné du XIXème siècle, H.: 32 cm qui frôla les 1400 €. La seconde journée proposait par exemple le bénitier fait d'ossements humains que ne n'ai pas résisté à mettre en une, à vasque ...

Jacqueline Marval (1866-1932)

Par dimanche 18 juillet 2021 Permalink 0

Certains destins s'accomplissent à la suite d'un drame. Celui de Jacqueline Marval est de ceux-là. A la mort de son fils, elle envoie balader sa vie, divorce, s'assume d'abord financièrement comme brodeuse de gilet à Grenoble, puis monte à Paris, rencontre le peintre Jules Flandrin avec qui elle s'installe à Montparnasse, devient peintre elle-même. Le marchand Antoine Vollard achète ses œuvres à la suite de sa première participation au Salon des indépendants en 1901, ce sera ensuite au tour d'Eugène Druet et Berthe Weill de s'intéresser à sa carrière. "Qu'il se nomme impressionnisme, expressionnisme, l'art ne finit pas" écrivait Jacqueline Marval. Cette immersion dans la peinture donnant des œuvres modernes dans l'air des avant-gardes du début du XXe siècle la firent apprécier de Matisse, Picabia ou Van Dongen. L'artiste un peu oublié de nos jours était très influente dans le monde des arts de son vivant. On lui demandera à plusieurs reprises de produire les affiches des salons, d’illustrer les cartons d’invitation et les couvertures des catalogues de salons et des événements parisiens : Salon d’Automne, Bal de l’Amicale aux Artistes… La cote de Jacqueline Marval est assez stable. L'oeuvre en une, "les baigneuses" vers 1905, huile sur toile, 55 x 46 ...