BFM un lundi matin

Par lundi 4 mars 2019 Permalink 2

Le dimanche soir. Le lundi. Moments un peu difficiles, un peu cafardeux. Pour ceux qui voudraient en rajouter une couche, ils peuvent écouter BFM le lundi matin! C’est magique. On y prend les gens pour des imbéciles avec une obstination tendant à la prouesse. ça n’arrête pas. Ils ne se lassent pas. Reportages après éditoriaux, rien n’est laissé au hasard. Contrevérité et propagande pro gouvernementale alternent. Les présentateurs sont tout sourires. Détendus. Décontractés du gland comme dit Dewaere dans “Les valseuses”. Ils rient souvent. On ne sait pas pourquoi tant le téléspectateur a envie de pleurer. Le temps que j’ai regardé ce matin, ça touchait au sublime.

La chaîne s’est attaquée à la politique étrangère. Effort louable, me direz vous, sauf qu’il s’agissait de l’Algérie qui n’est pas vraiment pour nous l’étranger. Bref, des manifestants, place de la République dans le 11e arrondissement de Paris, étaient choisis pour montrer leur désapprobation gentille, rien d’excessif, BFM aime la modération, à l’égard de la énième candidature de Bouteflika. Pas très original, ces élections sont tellement absurdes, tellement tristes pour les algériens. Non, ce qui était assez réjouissant c’est le moment où la reportrice toute joyeuse, on ne sait pas pourquoi, mais comme tout est surréaliste, nous explique que vendredi une grande manifestation aura lieu à Alger et que la date est très importante dans le pays à cause… de la journée de la femme. Je ne blague pas. Où a-t-elle trouvé ça? Mystère. Sans doute cherchait-elle à montrer le gout immodéré d’un pays musulman pour l’égalité homme femme…

Un éditorialiste économique, quelqu’un qui, il y a quelques années, osait encore dire des vérités mais qu’on a fait entrer dans le rang manu militari, prit la relève. L’usine Ford qui ferme à Blaquefort a servi de cas pratique. Le gouvernement a d’abord eu des grandes exigences vis à vis de la multinationale quittant la zone avant de se dégonfler comme une baudruche en expliquant maintenant que rien n’était possible. Le journaliste s’empressait de confirmer cet état de fait en allant chercher à la rescousse Lionel Jospin qui affirma que l’état ne pouvait pas tout. Encore une belle trouvaille propagandiste de mélanger les époques pour encore dédouaner nos chers dirigeants. Pourtant le réel sera là-bas terrible. Comme toujours. Les maisons ne vaudront plus rien. Le taux de cancéreux croîtra. Les divorces vont augmenter. Les cas de dépression seront nombreux. Le taux de suicide explosera. On le sait. C’est à chaque fois pareil dans le cas d’une fermeture d’usine. Mais qu’on se le dise: aucune faute de notre gouvernement. Jamais. L’échec de la réindustrialisation? Pensez donc!

Et pour mieux s’en persuader, la suite du programme était axée sur Bernard Tapis, le nouveau maître à penser de BFM. Bernard Tapis. Un artiste, un vrai. Et bien le petit génie de la magouille trouve ses lettres de noblesse depuis qu’il déclare à qui veut l’entendre tout son amour pour Emmanuel Macron. Les journalistes de la chaîne se pâment. Bernard Tapis. Sublime. Génialissime. Merveilleux. Et qu’a dit ce fin observateur de la vie politique? Que Macron allait devenir le plus grand président que la terre ait porté. Pour plaire à Drahi et ses sbires, il n’y avait pas mieux! BFM boit littéralement les paroles du philosophe marseillais né au Bourget. La parole de Tapis vaut de l’or. Alors qu’avec l’individu on a à faire à un populisme plutôt abject, BFM s’en moque puisqu’il s’agit d’un populiste macroniste.

Après tout ce cirque on éteint vite la chaîne. D’ailleurs j’aurai dû éteindre aussi l’article depuis longtemps. C’est trop long! Bref, bonne journée à tous, surtout si vous n’avez pas regardé BFM.

Frédéric Le Quer

Laisser un commentaire ?