Au tour de Mario Draghi

Par vendredi 5 février 2021 Permalink 1

Les hommes politiques italiens sont les dirigeants étrangers qu’un connait le mieux. Bien sûr, le tourbillon perpétuel au pouvoir à cause de leur parlementarisme voit leurs noms se succéder à grande vitesse. Matteo Salvini, Matteo Renzi, Beppe Grillo, Guiseppe Conte, Mario Draghi… Ce sont aussi des gens d’envergure, des défricheurs d’idéologie et de leur mise en pratique.

Par exemple, le fameux “Quoiqu’il en coûte” n’est pas un concept d’Emmanuel Macron, non, c’est une idée du sauveur de l’Union Européenne à la tête de la BCE après le krach de 2008, c’est une idée de Mario Draghi. On peut regretter ce “coup de génie” qui fait qu’aujourd’hui la France est à 120, 130 % de dette sur PIB, une dette garantie par l’UE, une dette qui lui fait perdre sa souveraineté, qui l’attache à Bruxelles définitivement. Mais un européiste se réjouit que les institutions aient été ainsi consolidées grâce au banquier central italien alors qu’elles manquaient de s’effondrer. On pourrait aussi citer Beppe Grillo, humoriste certes, mais aussi puissant penseur d’une politique alternative. Et puis bien sûr Salvini, qui deviendra peut-être un jour le leader des droites souverainistes européennes. Quant à Renzi, il a des clones en France correspondant à toute la classe politique LREM et LR avec en premier Emmanuel Macron.

Mais maintenant Draghi tient la corde pour devenir président du conseil.

Chronologiquement, Conte, le précédent, a remplacé Renzi, puis s’est maintenu grâce à Renzi (!) quand Salvini (La Ligue) a quitté la coalition au pouvoir espérant ainsi des élections législatives anticipées. La manœuvre a raté justement à cause de Renzi se ralliant à Conte. Ces jours derniers Renzi a abandonné Conte qui, sans majorité, n’avait plus d’autre choix que de démissionner. Salvini espère toujours des élections anticipées mais la figure tutélaire de Mario Draghi a été sortie du chapeau pour mettre en place un gouvernement de coalition et squeezer le souverainiste populiste de La Ligue. On en est là.

Tout le monde a intérêt en Italie à ce que Mario Draghi devienne président du conseil. L’Union Européenne doit débloquer en faveur du pays 17 milliards d’euros pour un plan de relance lié à la crise du coronavirus dans lequel la France à cause de ses lamentables négociateurs est contributrice nette. Bref l’Italie veut l’oseille et va donc éviter des élections anticipées, d’ailleurs risquées d’un point de vue sanitaire, pour que l’argent soit versé rapidement.

Salvini passe donc encore son tour suite à des manœuvres politiciennes puisque les sondages le donneraient gagnant en cas d’élection. Mais ça ne durera pas. Les italiens ne veulent plus de migrants. Salvini a démontré lors de sa présence dans le gouvernement Conte qu’il pouvait s’acquitter de cette mission. Il viendra un jour ou l’autre au pouvoir. En attendant ce sera surement Mario Draghi et de Macron à Xavier Bertrand, on s’en réjouit.

Frédéric Le Quer

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