Arnaud Beltrame

Par Mercredi 28 mars 2018 Permalink 12

“Ma vie vaut moins que la vôtre” serait l’un des principes des Écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan d’où sort l’officier de gendarmerie Arnaud Beltrame. Les journalistes semblent prendre cette phrase au premier degré pour expliquer l’attitude du héros qui s’est sacrifié pour sauver une femme prise en otage dans le supermarché de Trèbes. Mais si cette phrase est acceptée par chaque citoyen, elle devient plus l’explication au dévouement qu’au sacrifice, chacun étant tenu, quelques soient les risques, de porter secours à son prochain et réciproquement!

En fait il y a un certain malaise avec la mort du colonel Beltrame. Ce n’est pas un héros comme l’un de ces américains qui ont sauvé la vie des voyageurs du TGV Paris-Lilles, il y a quelques temps. Ils se sont battus et ont gagné contre le terroriste musulman. Une pulsion de vie les animait. Avec le colonel Beltrame, en s’échangeant contre un otage, un seul otage, automatiquement il allait à la mort. Les islamistes haïssent tout ce qui est en rapport avec l’état français et en particulier les forces de l’ordre. Le gendarme le savait bien. Il ne pouvait s’en tirer. Consciemment donc, il s’est jeté dans la gueule du loup. Certains disent qu’il a tenté de désarmer le preneur d’otage. Ce serait le moins! En tout cas, il n’avait pas caché sur lui de quoi se défendre et attaquer.

Est-ce qu’il faut dorénavant réclamer une telle attitude à nos policiers pour en faire des héros? Ce serait fou! On n’entre pas dans la police ou la gendarmerie pour devenir kamikaze! Personnellement j’aurais mieux compris qu’Arnaud Beltrame pénètre de force en tête mais avec tous ses collègues dans le supermarché que faire ce qu’il a fait… Mais je ne suis pas un héros!

Alors? Alors, le colonel Beltrame devient le symbole d’une société française mourante: un héros tragique dont le destin épouse celui de la France dont l’extinction apparaît de plus en plus clairement. Arnaud Beltrame devient plus français qu’aucun d’entre nous. Il fait corps avec son pays jusqu’à la mort. Oui Arnaud Beltrame est un héros. Non pas pour tout ce qui va être débité aujourd’hui aux Invalides et ailleurs. Non, c’est un héros parce que c’est un précurseur. Il meurt avec son pays et souligne par son sacrifice qui prend valeurs de symbole, qu’on assiste à la fin de la France. Arnaud Beltrame devient le premier des français, celui qui trace la route qui va nulle part.

Frédéric Le Quer