Adolf Wölfli, l’art en hôpital psychiatrique

Par samedi 20 octobre 2018 Permalink 1

Adolf Wölfli (1864-1930), paysan suisse interné toute sa vie en hôpital psychiatrique après diverses agressions sexuelles pédophiles, commence à dessiner dans sa chambre d’isolement avec l’assentiment de ses médecins qui le trouvaient ainsi plus calme. Avec ses crayons, il invente un monde magique et coloré fait de formes géométriques, de personnages grimaçants et de notes de musique. Mégalomane aussi, il se nomme “saint”, “grand-grand dieu”, “génie”, “excellence”, “duc”, “majesté”, “empereur”… Mais en même temps il parle de lui comme ” le petit Wilfi, être chétif, perdu au milieu de ce monde effrayant, enfermé au centre d’une spirale, allongé sur son lit de mort, dans un cercueil, au centre du labyrinthe”.

Autant dire qu’Adolf Wölfli s’écarte largement de la norme et correspond parfaitement à la définition que donne Jean Dubuffet, de l’art brut, “personne indemne de culture artistique” pour ainsi assister “à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phrases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions.” Ainsi la situation d’Adolf Wölfli en dehors du monde culturel est un gage de pureté. Citons à nouveau Dubuffet: “un peintre se doit d’être honnête! Pas de voile! Pas de ruse! tout doit être nu présenté dans son pire état.”

S’il faut sans doute de la folie pour créer une oeuvre d’art, la folie n’est évidemment pas un gage automatique de réussite. Mais avec Adolf Wölfli, l’art des malades mentaux trouve ses lettres de noblesse. Dans une vente, hier après midi, 19 octobre 2018, chez Ader 0vv intitulée “Art & utopie”, quatre dessins aux crayons de couleur de l’artiste, étaient sous le feu des enchères. Au dos des textes de Wölfli les commentaient. Le dessin en une par exemple (32 x 20,5 cm) est expliqué ainsi: “L’image représente une marmite avec des heures (?) dans le royaume d’Espagne, et le Grand Hôtel géant de St Adolf, et un grand royaume avec des clochers, etc, St Adolf II, dessinateur, Berne Suisse, 1930”. Intitulé “Une marmite dans le royaume d’Espagne”, il fut vendu 25 600 €. Celui ci-dessous (20,5 x 32 cm), intitulé “La Sainte locale Adolfina, 1930”, signé daté et légendé au dos, fit 21 760 €.

Le troisième dessin, ci-dessous, “L’opération de mon estomac, 1930”, signé daté et légendé au dos, 32 x 20,5 cm, trouva preneur à 20 480 €.

Le dernier, ci-dessous, “La princesse Roosali, 1930”, 32 x 20,5 cm fut adjugé à 15 360 €.

Ces dessins donnés par Adolf Wölfli à un clinicien de l’hôpital de Berne où il était soigné pour un cancer, furent tous bagarrés entre plusieurs téléphones sans enchère en salle.

Frédéric Le Quer

PS: sur Jean Dubuffet et ses prix en salle des ventes, voir: https://politiqart.com/jean-dubuffet-1901-1985/