Vladimir Poutine joue gros

Par Mercredi 17 décembre 2014 Permalink 32

Vladimir Poutine est dans l’embarras. La forte baisse des prix du pétrole est l’occasion idéale d’attaques spéculatives contre le rouble. Le phénomène actuel sur les matières premières est l’opportunité pour des fonds internationaux d’engranger de formidables bénéfices en mettant à mal la stabilité économique et politique de la Russie grâce à l’affaiblissement de sa monnaie. Une pierre, deux coups!

Le président russe, en s’opposant aux Etats Unis,  en refusant de s’associer à l’alliance contre la Syrie, en passant des accords bilatéraux avec d’autres grandes nations comme la Chine ou l’Inde, en annexant la Crimée, en empêchant la main mise de l’Union Européenne sur l’Ukraine est surement allé trop loin, trop vite. Inévitablement, vient à l’esprit la fable de La Fontaine de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf:

« Une Grenouille vit un Bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : « Regardez bien, ma sœur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
– Nenni. – M’y voici donc ? – Point du tout. – M’y voilà ?
– Vous n’en approchez point. « La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva. » (…)

Mais l’issue n’est peut-être pas aussi noire. Hors des frontières, la Russie donne, toujours, jusque là, l’exemple d’un pays bien ancré dans ses traditions, ne reniant pas son passé pour aller vers le progrès, rejetant l’uniformisation des cultures sous prétexte de mondialisation. Pour parler clair, elle est devenue, par sa politique, une sorte d’espoir pour une civilisation judéo-chrétienne qui se meurt en occident, une autre voie pour un avenir imprégné d’histoire. Sa chute sonnerait la victoire sans partage d’une mondialisation sans gagnant.

Les dirigeants font actuellement le gros dos. Les vents mauvais pourraient déstabiliser la paix sociale; le pouvoir d’achat des ménages baisse fortement sur tous les produits importés ce qui entraîne toujours à terme la grogne de foyers appauvris. Mais l’orgueil national, que Vladimir Poutine a rétabli, reste, pour l’instant, la meilleure réponse à ceux qui souhaitent un grand mouvement populaire contre le chef du Kremlin. La Russie plie mais ne rompt pas.

Frédéric Le Quer

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