USA: les blancs choisissent mal leur ennemi

Par Lundi 14 août 2017 Permalink 1

Dans un pays qui s’est construit sur le génocide des tribus indiennes d’Amérique du nord, le coup de balancier des années Obama était trop fort. Les blancs ne se sentent dorénavant guère mieux lotis que les noirs. C’est assez normal; il n’y a pas de raison pour qu’ils le soient. Mais il est évident que cela passe mal quand les Etats-Unis continuent d’être meurtris par une crise économique qui n’en finit pas, qui voient les foyers s’appauvrir pendant que les milliardaires ne cessent de s’enrichir. Avec le regain de popularité des suprémacistes blancs, il s’agit de pauvres qui se battent entre eux. Il s’agit de blancs qui en veulent aux noirs pour une discrimination positive dont ils bénéficieraient. Il s’agit de blancs qui attendent impatiemment la construction totémique d’un mur les séparant du Mexique. Il s’agit de blancs qui font deux boulots en même temps pour arriver difficilement à finir le mois. Il s’agit de blancs qui s’endettent pour manger. Il s’agit de blancs qui prennent dix jours de congés par an. Il s’agit de blancs qui ont renoncé à construire un foyer, à vivre une vie de famille. Il s’agit de blancs qui ne croient plus au rêve américain. Les noirs vivent la même chose.

Mais au lieu que s’organise la lutte des classes, il renaît la haine de l’autre, du noir qui nous ressemble tant maintenant, qu’on croise si souvent, qui devient le responsable des maux de la société. Il est haï parce qu’il faut bien trouver une cause à son malheur, à sa vie trop dure. Il est bien pratique comme bouc émissaire parce que les richissimes américains gavés de dividendes, personne ne les croise jamais. Et puis remettre en cause le riche, c’est remettre en cause l’argent, l’american way of life. On préfère être raciste. C’est un peu comme une tradition. On préfère aussi devenir antisémite pour la même raison que les allemands l’ont été dans les années trente: la misère. Alors on préfère Trump à Bernie Sanders pour revenir aux années soixante. S’ils veulent remettre en cause leur société, les américains feraient mieux de lire Karl Marx que de s’acoquiner avec le Ku Klux Klan.

Frédéric Le Quer