Une Catalogne brisée

Par Mardi 3 octobre 2017 Permalink 3

Comme nous l’écrivions ici dès dimanche soir, le référendum en Catalogne, pourri toute la journée par le gouvernement de Madrid, n’aboutira pas à la déclaration d’indépendance unilatérale prévue au départ. En fait les indépendantistes même éventuellement majoritaires en Catalogne sont terriblement seuls. L’Union Européenne ne les soutient pas. Aucun pays de l’union ne les soutient.

La marche de l’UE est d’aller vers un gouvernement continent avant le gouvernement monde. Les aspirations de l’organisation n’ont strictement rien de démocratique. La voix du peuple l’effrayant, il s’agit de l’éloigner le plus possible des organes de décision. Une petite région comme la Catalogne guère plus grande que la Bretagne, devenue libre, mettrait ainsi le citoyen au cœur de la vie politique. Bruxelles a l’objectif totalement inverse: faire du citoyen un pion manipulable à l’envi sans contrôle sur son avenir. Il y a aussi une question d’argent. L’Union Européenne cherche malgré la résistance de l’Allemagne, à niveler la richesse des pays la composant par la redistribution. Les catalans se sentant forts, ne veulent plus soutenir financièrement l’Espagne. Leur désir d’indépendance est donc aussi une affaire de gros sous. Ce désir est tout le contraire de la politique de Mario Draghi qui par ses Quantitative Easing élimine le risque qu’il y a à prêter à des pays plus pauvres que d’autres. Tous sont pour les investisseurs à peu près au même niveau de risque à en croire leurs taux d’emprunt souverain. La BCE participe à une union qu’il n’est pas question de disloquer mais au contraire de renforcer. Quand on dit BCE, on dit FED, on dit BoJ, on dit banque centrale chinoise. Décidément les catalans sont des naïfs!

Les capitales européennes ont toute une région qui a des velléités d’indépendance. L’exemple catalan serait désastreux en ouvrant la porte à des revendications mises sous le boisseau. Aucun chef d’état n’a intérêt à voir la péninsule ibérique partir en morceau. Il en va de sa propre légitimité. La centralisation, le jacobinisme pour faire savant, renforce l’autorité et le pouvoir des états. Etat, continent, monde…

Alors maintenant, il ne va plus être question que de manipulation médiatique. Les organes de propagande vont s’acharner à faire croire à l’évolution de la situation de la Catalogne sans qu’il ne se passe grand chose. Parce qu’il faut faire semblant. Parce qu’il faut laisser croire au peuple qu’il a encore son destin entre les mains. La Catalogne ne sera jamais un pays souverain. Plus aucun état composant l’Union Européenne n’est d’ailleurs réellement souverain. La liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes ne passera qu’avec l’effondrement de l’Union Européenne.

Frédéric Le Quer