Tsipras bluffe ou Tsipras se couche?

Par Mardi 23 juin 2015 Permalink 21

C’est évidemment la question que tout le monde se pose depuis dimanche soir et le revirement du premier ministre grec Alexis Tsipras. Il est soudainement prêt à renoncer aux avantages de la retraite anticipée, à augmenter l’âge de la retraite à 67 ans, à augmenter la taxe sur la valeur ajoutée, à lever de nouveaux impôts et à accélérer les privatisations.

Si Tsipras se couche, il entérine tout ce qu’il refusait jusque là. L’homme, plus que ses prédécesseurs encore, trahit le mandat pour lequel il a été élu, celui de la rupture, celui de la tête haute, celui de l’indépendance nationale quoiqu’il en coûte et offre au final à ses électeurs une accentuation de la rigueur pour complaire aux institutions européennes. Un remaniement ministériel interviendra probablement qui verra sortir l’aile gauche de Syriza et l’allié de droite souverainiste. Ils seront remplacés par des sociaux démocrates de retour aux affaires; business as usual à Athènes! Concernant la psychologie du personnage, il pourra être rappelé que déjà lors de sa tournée des capitales européennes en février et mars dernier sa stature d’homme d’état en avait pris un coup. Cette façon de chercher des partenaires en quémandant des soutiens par ci par là manquait d’énergie et de courage en donnant l’impression d’une absence d’assurance.

Si Tsipras bluffe, il est incontestablement l’homme politique du continent. De marionnette il devient machiavel. Il accuse l’Union Européenne et le FMI d’intransigeance excessive et refuse à la dernière minute de se soumettre. L’orgueil hellénique rejette le dictât bruxellois, les citoyens gardent la tête haute et dans l’indépendance retrouvée, sont prêts à nouveau à prendre leur destin en main. Varouflakis passe du statut de play-boy des chancelleries à celui de véritable théoricien des jeux et l’UE se retrouve dans une position désespérée compte tenu des autres peuples à l’affût d’un souverainisme retrouvé.

Voir ce petit pays mettre un grand coup de pied dans des institutions antidémocratiques serait un vrai bonheur. Non pas que ces grecs inconséquents, magouilleurs et profiteurs fassent beaucoup de peine même si les cas particuliers englués dans une rigueur économique les poussant vers la misère peuvent entraîner de la compassion, mais ce pied de nez aurait une vraie force d’espérance. Celle de voir ce qui est présenté comme une inéluctabilité pouvoir être remis en cause par la démocratie, par la force d’une majorité populaire voulant emprunter d’autres voies. Celle d’envisager des décisions venues d’en bas prendre le dessus sur des objectifs imposés d’en haut. Celle du retour de ce qui fait la vraie richesse de l’Europe, le maintien de la diversité de ses cultures redevenant la priorité sur la triste uniformisation en cours.

Si l’Union Européenne a gagné, elle sort renforcée comme jamais de cet épisode. Inutile désormais de se déplacer pour aller voter. Le sens du monde est irréversible et la Grèce aura été son allié objectif. Mais attention, les régimes fascistes et néonazis pourraient faire leur lit de cette donne où la démocratie n’est plus qu’un leurre.

Frédéric Le Quer