Trois ennemis indispensables

Par Jeudi 11 juin 2015 Permalink 18

Trois ennemis sont dorénavant proposés aux occidentaux par la volonté des Etats Unis et de l’Union Européenne: l’Etat Islamique, la Russie de Poutine, la Grèce de Tsypras. Aucun ne trouve grâce aux yeux des gouvernements et de médias pas forcement directement soumis au pouvoir politique mais toujours dépendant financièrement de la ploutocratie en lien étroit, voire se confondant avec le personnel dirigeant.

-L’Etat Islamique, s’il est véritablement combattu par l’Iran chiite pour principalement d’obscures raisons confessionnelles, n’est pour le moment jamais vraiment inquiété par les forces de la coalition occidentale. Pire, ses armes de guerre, sa logistique viennent indirectement des américains par l’intermédiaire de l’Irak.

-Vladimir Poutine est devenu la figure à détester, celui dont tous les actes ne peuvent être qu’infâmes, l’horrible individu qui fait peur aux enfants de l’ouest, prêt à soi-disant faire la guerre pour une peccadille. Il se dit, comble de l’horreur, que l’homme reste réticent face à la mondialisation préférant privilégier l’état.

-Et puis maintenant Tsypras et son cerbère Varoufakis sont jetés en pâture aux populations. Que la dette grecque ait été éhontément basculée du secteur privée au secteur public est volontairement oublié! Il n’est plus mis en exergue que le risque que fait courir ce pays aux autres européens par son insouciance, sa gabegie et au final son refus de rembourser de l’argent qu’il aurait piqué (on en est là!) aux citoyens de l’union monétaire.

Pour mieux noircir ces trois ennemis, les concepts d’égalité devant la loi, de liberté d’expression, de droit de l’homme sont utilisés pour démontrer que l’Occident est dans le meilleur des camps. Les discours de guerres militaires ou économiques servent à resserrer les liens des masses en leur faisant oublier la concentration inique des richesses en faveur des fameux « un pour-cent ». Tout devient alors la faute des autres sans qui le monde serait paradisiaque.

Il n’est pas question ici de confondre les atrocités commises au Moyen-Orient basées sur l’obscurantisme religieux avec la Russie ou la Grèce. Mais ces trois ennemis découlent de la même logique en sachant qu’ils sont interchangeables. Demain ils seront remplacés par la Corée du nord, un pays d’Amérique du sud, un autre du sud-est asiatique ou un dictateur africain. L’important est de faire passer discrètement les dérives actuelles qui entraînent un déficit démocratique de plus en plus consternant derrière des ennemis de l’extérieur dépeints comme si odieux qu’ils servent à excuser ou à dissimuler ainsi la mise en place de systèmes autoritaires.

Vous avez dit Orwell???

Frédéric Le Quer