Le terrorisme condamné?

Par Mardi 30 septembre 2014 Permalink 22

Un homme est mort décapité au nom de l’Islam dans le désert montagneux kabyle il y a environ une semaine. Le cirque compassionnel et médiatique a eu lieu comme prévu, sur l’instant, sur l’émotion. Plus le choc psychologique était monté en épingle, moins le fond du dossier risquait d’être abordé. La condamnation du terrorisme était trop unanime pour ne pas être sans arrières pensées.

Alors, devant la scission entre les populations demeurant sur le sol français, devant le peu de mobilisation des musulmans pour condamner le crime, devant l’incapacité des autorités à réagir autrement qu’émotionnellement,  il a fallu estomper doucement l’événement jusqu’à le gommer complètement, en faire une séquence d’actualité comme une autre afin d’éviter de lui accorder trop de place, cette place à la frontière des tensions ethniques.

La compréhension du drame n’est absolument pas univoque. Pour les français tout est expliqué simplement: l’homme est tué en terre musulmane parce que son pays fait la guerre contre l’Etat Islamique. En Algérie, des discours dissonants veulent jeter le doute bizarrement sur la thèse officielle. D’abord les politiques algériens parlent d’exécution ce qui peut faire penser à une simple peine plus ou moins légitime. Mais aussi certains n’hésitent pas à accuser. Par exemple, « l’enlèvement et l’exécution du ressortissant participent d’un complot qui vise à impliquer l’Algérie dans des agendas étrangers» a indiqué hier Merouane Azzi, président de la cellule d’assistance judiciaire pour l’application des dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. La France est implicitement mise en accusation pour avoir fomenté ce drame sordide qui serait intervenu une heure après l’enlèvement! Les positions algériennes que le gouvernement et les médias ont cherché à nous faire croire semblables aux nôtres révèlent donc chez certains officiels d’importantes dissonances.

Rien d’étonnant à ça compte tenu de l’ambiguïté inéluctable du pays face au terrorisme. En Algérie, les années d’activités terroristes sont prises en compte dans le calcul des retraites pour motif de réconciliation nationale! Si l’armée algérienne cherche à les abattre sans aucun doute, leurs familles n’en sont pas moins indemnisées. L’existence même du groupe daesh y est souvent mise en doute! Tout est trouble, le manichéisme est impossible, le bien et le mal n’existent pas. Leur analyse du monde arabe, du terrorisme, des droits humains est à mille lieux de la nôtre.

Du coup, personne ne sait très bien comment l’enquête est menée en Algérie. La France ose-t-elle seulement demander des comptes? Les amis algériens du français l’emmenèrent là où il ne fallait mieux pas aller, au milieu de groupes armés nombreux dans la région et ce lui fut fatal. Inconscience ou manipulation? Les deux éventuellement… Son corps, lui, y restera peut-être englouti à jamais.

Frédéric Le Quer