Sivens ou l’alternative réprimée

Par Samedi 7 mars 2015 Permalink 11

Les zadistes de Sivens ont été expulsés hier manu militari. Encore un peu moins de fraîcheur dans l’étouffoir étatique qui fait suffoquer la France. Encore un peu d’espoir de voir des tentatives vers une économie alternative loin de la société de consommation qui s’envole. Encore un peu de citoyenneté spontanée broyée sur l’autel d’une pseudo paix civile.

Les occupants de Sivens ont été décrits, jour après jour, comme des irresponsables dont il fallait que la région se débarrasse. La FNSEA, le syndicat des grandes propriétés agricoles, rappelée à la rescousse, s’est mobilisée pour tenter de prouver que les campagnes rejetaient les zadistes. Les voisins ont été priés de manifester leur désapprobation pour avoir à subir la présence de ces révoltés. Le conseil général a eu beau jeu de voter le maintien du barrage.

Ainsi la violence des gendarmes qui a fait un mort est devenue la faute, par une évolution dialectique dont le gouvernement a le secret, du camp qui en a été victime qui s’est levé contre un vote de caciques régionaux pour un projet contestable. Ce lopin de terre sous le soleil du sud de la France est devenu le symbole de l’inéluctable mondialisation imposant des modes de production toujours plus intensifs. L’organisation d’une agriculture responsable ne pouvait que remettre en cause une modernité portée aux nues éloignant toujours plus la production du consommateur.

L’alternative au monde tel qu’il va est réprimée quelque soit le domaine. Rien d’autre n’est plus envisageable que ce qui est imposé de plus en plus autoritairement. Les zadistes doivent rentrer chez eux, comme les grecs doivent plier devant l’eurogroupe. Les anti euros sont des inconscients, les anti immigrations forcément des racistes. La pensée unique se cabre devant tout ce qui la remet en cause et son idéologie de plus en plus brutale rejette toute pensée systématiquement jugée déviante.

La démocratie fout le camp. Les choix se ferment au fur et à mesure face à l’intransigeance de dominants refusant autoritairement d’envisager toute option différente, pour aller bon train vers ce qu’ils ont décidé. La masse des citoyens devient alors quantité négligeable sur la voie totalitaire où toute entrave est interdite.

Frédéric Le Quer