Se dédouaner sur Bruxelles

« Nous sommes confrontés avec la France à un problème particulier. Les français dépensent trop d’argent et ils le dépensent au mauvais endroit. Les français consacrent 53 à 57% de leur produit intérieur brut à leurs budgets publics; compte tenu du niveau relativement élevé de la dette, cela ne peut pas fonctionner dans la durée. Le futur chef d’état ne peut compter sur la mansuétude de ses partenaires européens sur cette question. Il appartient aux français de faire un geste dans la direction des autres. » Ainsi parlait hier diplomatiquement de Bruxelles, Jean-Claude Junker.

Le maintien coûte que coûte dans l’€ que veut absolument la population, ne se fera évidemment pas sans larmes. L’élaboration du budget de la France, acte de souveraineté nationale s’il en est, sera bientôt mise sous tutelle. Parions que troïka, Eurogroupe ou une autre instance européenne similaire vont expliquer aux français comme elle l’explique aux grecs, ce qu’il convient de faire pour « bénéficier » d’une monnaie allemande! Emmanuel Macron espère sans doute que les réformes décidées par une instance supranationale seront mieux acceptées par la population et lui permettront de se dédouaner. Ses appels au fédéralisme ont ce seul but. Les grands médias ne se font d’ailleurs écho que de réformes incontestablement positives de son programme et se taisent délibérément sur les moyens qu’il faudra employer pour faire drastiquement baisser le budget de l’état. En effet, le diminuer est la condition sine qua non pour rester dans l’€ une fois que Draghi aura cessé d’imprimer de la monnaie comme il le fait actuellement pour endormir les populations européennes.

Si l’attitude soumise des grecs tient aussi au fait qu’ils viennent de subir des décennies durant la dictature des colonels, rien d’identique peut chez nous faire passer la pilule de l’austérité. Dévaluation et inflation ne se voient pas clairement. Mais là avec l’€, ce sera net. En plus, nous ignorons royalement la culture du compromis, du donnant-donnant. Combien d’électeurs se rappelleront avoir voté Macron dans quelques mois, quand l’heure sera à la rigueur budgétaire et à la stricte mise en place d’une politique de l’offre qui fera de gros dégâts sur les pouvoirs d’achat?

C’est pourquoi Emmanuel Macron va chercher à se servir de Bruxelles pour faire passer les réformes difficiles. Entre les électeurs de la France insoumise et ceux du Front National, les deux, parangons de la politique de la demande, ce sera très dur vu qu’ils représentent la moitié des français!!!

Frédéric Le Quer