Scène de la vie à Drouot

Par Vendredi 10 octobre 2014 Permalink 22

Une vente courante avait lieu hier à Drouot chez les commissaires priseurs Binoche et Giquello. Les tableaux, dessins, pièces encadrées défilent dans une salle comble mais paisible. Du banal, du plus ou moins déjà vu, les professionnels blasés assistent sommeillant à cet inventaire jusqu’au moment où…

Une feuille, à peu près 30 cm x 20 cm, est proposée dans son cadre représentant une scène de décapitation au crayon noir. Un homme debout tient par les cheveux une tête. Le reste du corps est par terre. Aucun paysage n’est représenté. Le dessin est ancien sans signature, ni marque de collection. Evidemment il fait penser au tableau du Caravage de 1608, La Décollation de Saint Jean-Baptiste, épisode cruel et sanglant du Nouveau Testament.

Les enchères commencent gentiment à 100€. Les prix actuellement à Drouot ne s’envolent pas en général et il n’est plus rare de pouvoir acheter un tableau ancien dans les 1000€, alors un dessin… Mais dans ce cas de figure, très vite plusieurs mains se lèvent; le crieur et une secrétaire sont en ligne. Les centaines d’euros s’ajoutent aux centaines d’euros. Le commissaire priseur étonné demande à voir l’oeuvre: mimique d’incompréhension. Les enchères continuent pourtant et seuls les deux téléphones se battent maintenant; les milliers d’euros s’enchaînent! Certes le sujet est d’actualité mais si l’harmonie dramatique de l’iconographie est bien visible, seuls des yeux exercés décèlent l’exceptionnel fermeté du trait et la main d’un grand maître. Le prix va monter jusqu’à 13 800 €, à quoi il faut rajouter environ 25% de frais.

Acheter probablement par une galerie, il reste à attribuer l’oeuvre au bon peintre, en fait le gros morceau pour que le marchand retire le bénéfice escompté. Probablement d’une école hollandaise, dans la salle les noms circulent. Pourquoi pas Franz Hals ou même Rembrandt, tous deux, après les portraits de commande, sont tant sortis des sentiers battus…  Abraham Blomaert semble pourtant tenir la corde, plus de mille dessins de lui sont connus à ce jour.

L’acquéreur a déjà surement son idée. Dans quelques mois, après un petit dépoussiérage l’oeuvre sera à nouveau sur le marché. Sans mauvaise surprise elle devrait être à ce moment proposée au moins 80 000 €.

Pour terminer il faut signaler que si dans les arts asiatiques de telles erreurs d’estimation arrivent fréquemment à Drouot, elle sont plus rares, sans toutefois être exceptionnelles, pour ce qui est de l’art européen.

Frédéric Le Quer

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