Satsuma, les artistes potiers

Par Dimanche 7 décembre 2014 Permalink 22

Fermé pendant l’époque d’Edo, ce n’est qu’en 1853 que le Japon s’ouvre à l’occident. La politique isolationniste, le sakoku, prévoyait le peine de mort à qui passait outre. En France, sous le second empire, des figures des arts et des lettres comme Baudelaire, les frères Goncourt, l’orfèvre Alexis Falize ou encore le banquier Henri Cernuschi découvrent la culture du pays du soleil levant.

L’art et le quotidien sont liés dans l’esprit japonais et tout naturellement les céramiques occupent une place importante. Une émulation s’installe entre potiers coréens et japonais férus de l’art du feu depuis des siècles. Le seigneur de Satsuma, ancienne province nippone, installe dans son fief, la famille coréenne Chin à la fin du XVIe siècle pour qui rien de ce qui concerne la poterie n’est étranger. Cette dynastie va créer pendant des siècles des objets traditionnels; la vaisselle est originellement un bien d’une très grande valeur, à l’égal d’un joyau ou d’un château.

Deux productions coexistent. Les satsuma blancs pour l’importante cérémonie du thé qui s’adressent aux seigneurs et aux samouraï et les satsuma noirs, plus rustiques pour satisfaire le désir d’élégance du peuple. L’argile utilisée vient de Corée; la terre est fine et le grès compact. « Aujourd’hui encore, à Kagoshima, on commence par tracer les motifs à l’or, puis on ajoute les couleurs sur les espaces vierges entre les traits dorés avant de cuir le tout. Cette particularité permet de distinguer un vrai satsuma d’une copie. » explique le conservateur du musée Stasuma Denshokan. Les décors peuvent être très chargés mais toujours extrêmement précis. C’est seulement à l’époque Meiji que les musées acquirent ces pièces très prisées.

Evidemment les objets traditionnels ont été transcendés pour donner place à de véritables sculptures. Avec entre autres, la participation des potiers de Satsuma aux expositions universelles de la fin du XIXe siècle, les collectionneurs d’Europe mettent en avant cette mode occidentale appelée le japonisme. Les artistes reçoivent une médaille de bronze à Paris, en 1900 au milieu de l’enthousiasme du public.

Frédéric Le Quer