Russie, Grèce, un nouveau couple

Par Lundi 2 février 2015 Permalink 18

Bien que les leaders gouvernementaux grecs fassent actuellement le tour des capitales d’Europe occidentale, leur meilleur allié, compte tenu de la politique qu’ils disent vouloir mettre en oeuvre, est indiscutablement la Russie. Le grand voisin orthodoxe, affaibli actuellement dans des difficultés économiques qu’il finira par surmonter grâce à ses réserves en matière première, a tout intérêt à jouer les troublions sur un continent devenu sans réserve pro américain.

Personne ne veut prendre actuellement la responsabilité politique de faire sortir la Grèce de l’Union Européenne alors qu’à l’évidence, ni la zone €, ni les grecs ne s’en porteraient plus mal. Mais tant de déclarations sur l’inaliénabilité, la main sur le cœur, ont été proclamées que cette sortie, plus qu’un choc économique, représenterait un choc psychologique dans les populations du vieux continents qui laisserait entrevoir que tout est encore possible en matière de démocratie! Les mouvements comme Podemos en Espagne, UKIP en Angleterre, AfD en Allemagne, le Front nationale, qui ont comme point commun un certain souverainisme, s’en trouveraient renforcés car complètement crédibilisés.

Mais une alternative effraie surtout les chancelleries. Les grecs ont avec la Russie une solution de rechange, un plan B. Aller dans le giron de ce grand pays en faisant un pied de nez à l’Allemagne et sa monnaie unique ne serait pas pour déplaire à Syriza. C’est une arme importante pour le marchandage en train de se dérouler. Cette menace géostratégique qui verrait une sorte de Cuba se créer, anti €, anti Union Européenne, pro russe, inquiète des gouvernements incapables d’imaginer un autre sens à l’histoire que celui de la mondialisation emprunté en ce moment. Ce scénario peut évidemment constituer un basculement vers un retour à la guerre froide.

La doctrine européenne d’isoler le cas grec trouve vite ses limites car le problème posé est global. Les grecs ont un bel atout dans leur jeu avec Vladimir Poutine dont ils se serviront si celui-ci est d’accord. La fuite des capitaux actuelle met le pays à la limite de la panique bancaire. L’échéance de cet été pour le roulement de la dette grecque semble bien long. D’ici là, la Russie tentera de séduire un petit pays qui n’a plus rien à perdre et qui demain peut représenter une arme majeure dans les rapports de force à l’échelle internationale.

Frédéric Le Quer

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