René Boivin, la joaillerie à l’honneur

Par Vendredi 9 décembre 2016 Permalink 1

Des dizaines de milliers de bijoux sont vendus lors des fêtes de Noël à l’hôtel Drouot. Depuis la fin novembre tous les jours, une, deux ou trois salles dispersent à l’encan des bagues, des broches, des pendentifs, des colliers, des bracelets, la plupart en or, certains de très grandes valeurs, d’autres moins, acquis pour mettre au pied du sapin par des particuliers ou acquis par le négoce dans le but d’être fondus ou désossés. Les marchands achètent actuellement au marteau le tout venant entre 19 et 21 euros le gramme d’or 18 carats, tarif auquel il faut ajouter entre 24 et 27 % de frais TTC à l’adresse des commissaires priseurs les moins gourmands.

Bien sûr, certains bijoux ornés de pierres précieuses, fabriqués par de grandes maisons dépassent allègrement ces prix. Ce fut le cas hier, chez SAS Deburaux commissaires-priseurs, avec la broche barrette en une, en or gris et platine sertie de trois diamants de taille ancienne de 2,5 cts chacun environ dans un écrin de la maison René Boivin, vers 1910, dont le poids brut est de 10 grammes et dont l’estimation ressortait entre 4 et 6 mille euros. Le négoce de la place Vendôme affronta plusieurs téléphones et l’un de ceux-là remporta la mise à 23 940 € frais compris. Les diamants devaient être bien beaux malgré leur taille ancienne toujours un peu moins prisée. Mais il y avait aussi cette grande maison de joaillerie disparue aujourd’hui.

Fondée pendant la relativement courte époque de l’art nouveau, la maison René Boivin tire néanmoins son prestige des formes épurées allant à l’encontre de la tendance surchargée du moment. Notre broche barrette en est un bel exemple. René Boivin se nourrit du cubisme, de l’art abstrait et de l’art déco à ses balbutiements pour ses créations. Mais l’homme meurt jeune en 1917 et sa femme Jeanne Poiret, la sœur du couturier Paul Poiret, reprend les rênes avec succès accompagnée d’abord de Suzanne Delperron qui voguera ensuite de ses propres ailes en créant des objets d’un luxe inouï comme la bague ci-dessous dessinée au moment de quitter les ateliers René Boivin au début des années trente qui fit chez Mica Wapler svv à Drouot le 4 avril 2014 83 848 € frais compris.sam_2588

Mais pour en revenir à la maison René Boivin, celle-ci, après le départ de sa géniale collaboratrice, ne resta pas en peine et continua avec sa dessinatrice Juliette Moutard puis avec la fille de Jeanne Boivin, Germaine, à offrir à sa riche clientèle des bijoux d’exception comme ce clip de corsage vers 1937, ci-dessous, « Gardenia », en platine et or gris, serti de diamants taillés en brillant sur lesquels s’adaptent deux clips de revers en forme de feuilles serties d’émeraudes calibrées qui fit le 17 décembre 2014 chez Artcurial-Briest-Poulain 169 500 € frais compris.sam_2587

La mort de Jeanne Boivin en 1959 marquera le commencement de la décadence de la maison René Boivin qui finira par être rachetée par un groupe des émirats arabes unis en 1991 avant de fermer définitivement ses portes.

Frédéric Le Quer