L’été indien de la rébellion

Par Lundi 3 novembre 2014 Permalink 30

La rébellion acharnée d’une certaine jeunesse mobilisée en province par les exactions de barons politiques locaux, portant sur l’écologie, montre que tout n’est pas mort, la résignation n’est pas inéluctable, même si le sujet le plus terrifiant reste la captation des richesses par une élite légitimée par les grandes institutions internationales et les gouvernements.

Les aberrations, que les socialistes et la classe politique en général voient comme des progrès, qui consistent en la mise en valeur d’un élevage intensif de bovins dans un hangar, d’un aéroport international en rase campagne nantaise ou de la construction d’un barrage pour faire pousser du maïs dans des régions de tout temps arides sont autant de coup portés à l’intégrité du territoire français.

Manifestations, sit-in, voire grèves de la faim sont au programme régulier de cette contestation qui défit l’ordre public. Cette rébellion dénote l’exaspération d’une frange de la population déboussolée par l’avenir sclérosant proposée par une classe politico-médiatique de plus en plus conservatrice. Dès les quelques mouvements un peu brutaux survenus samedi à Toulouse ou Nantes les mots « guerre » et « combattants » étaient déjà employés par les chaines d’information en continu. Décidément de nos jours, on effraie le bourgeois à bon compte!

La volonté de révolte à l’égard de dirigeants procédant brutalement à des travaux pharaoniques, détruisant, là, une vallée, ici, une zone d’intérêt écologique ou même une conception humaniste de l’élevage, vient de leur besoin de défaire, restructurer, réaménager en permanence un espace, un mode de vie, une culture avec à la clé des avantages pécuniaires colossaux pour les décideurs au mépris des citoyens. Le pouvoir impose un avenir en dehors de toute continuité pour se garantir une domination sur des habitants déracinés.

L’incursion frontale du système ultralibéral dans l’environnement heurte des campagnes dont la population aspire de plus en plus souvent à l’autonomie économique, à vivre en autarcie. Deux temps se télescopent; celui de la mondialisation et celui du terroir, celui de l’argent-roi et celui du bien-être simple, celui de la nouveauté pour la nouveauté et celui de la mémoire des us et coutumes.

La rébellion apparaît quand ceux qui dominent, cherchent à consolider leurs avantages acquis sur les faibles avec, par exemple, des enquêtes d’utilité publique dont la procédure dépend de l’objectif à atteindre. Quand l’arrogance est le trait dominant des dirigeants, le totalitarisme devient le système politique du régime.

Ce vent de fraîcheur qui souffle dans cet été indien est une brise d’espérance dans cette France à l’agonie. La lutte de citoyens menacés dans leur vie quotidienne montre une conscience pas encore tout à fait annihilée qui laisse supposer une pensée indépendante et des envies personnelles à l’encontre de ce qui est asséné continuellement.

Des milliers de personnes (chiffres Euronews) ont rendu hommage hier au garçon mort pour avoir contester une décision allant à l’encontre de l’intérêt public.

Souhaitons que cet automne n’émette pas les ultimes râles d’une société agonisante mais qu’au contraire il soit la première pierre d’une reconstruction démocratique du pays!

Frédéric Le Quer

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