Projet de loi pour le renseignement

Par Lundi 13 avril 2015 Permalink 17

La souveraineté populaire est un leurre que les gouvernements occidentaux s’attachent à garder pour sauver les apparences. Tout est bon pour limiter le libre arbitre des populations et les emmener dans un entonnoir qui limite leur choix à la portion congrue. Mais ce n’est visiblement pas suffisant: Un projet de loi pour le renseignement est débattu à l’Assemblée Nationale.

Ce projet de loi pour le renseignement voit se révéler une nouvelle fois une belle concordance de points de vue entre les députés de la majorité présidentielle et les députés UMP et quand ils sont d’accord entre eux, rien de bon n’est à espérer pour le citoyen. En effet, avec cette phrase, « détecter, par un traitement automatique, une succession suspecte de données de connexion » ouvre la porte à n’importe quel algorithme qui permettra aux services de renseignement de dépasser largement  le cadre antiterroriste. D’ailleurs le texte par le flou qu’il entretient ne s’en cache pas vraiment. Des arguments comme « l’indépendance nationale, l’intégrité du territoire et la défense nationale » ou encore « les intérêts majeurs de la politique étrangère et la prévention de toute forme d’ingérence étrangère » ou encore « les intérêts économiques industriels et scientifiques majeurs de la France » laissent un champ si vaste de raisons pour l’état de s’ingérer dans la vie privée qu’à n’en pas douter celui-ci ne s’en privera pas un jour ou l’autre.

L’espace de liberté offert par internet devait bien un jour être remis en cause. Les américains ont chargé un organisme administratif, la NSA, de collecter les données suspects. En France ce sera à la charge des hébergeurs qui sont vents debout contre le coût supplémentaire engendré mais, plus intéressant, se disent incapables de pondre l’algorithme adéquat, la masse des informations colossales rendant difficilement détectable la brebis galeuse…

Ce projet de loi pour le renseignement risque de garantir en aucune façon la possibilité de déjouer des actes terroristes. Mais cette lutte avouée, car faisant forcément l’unanimité, devient ainsi l’excuse pratique pour l’ingérence de l’état dans la pensée de citoyens qui seront ainsi contrôlés quelque soit leur sujet de préoccupation. Georges Owell est le nom de la promotion de l’ENA de cette année qui cite cette phrase de l’écrivain: « Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux autres ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre ». C’est en jouant avec la peur que les outils sont fabriqués pour limiter des libertés dont on s’apercevra qu’elles étaient essentielles pour la démocratie.

Frédéric Le Quer