Piotr Konchalovski à Drouot

Par Jeudi 7 décembre 2017 Permalink 1

La saison des belles ventes aux enchères à Drouot a commencé sans enthousiasme avec toujours les sempiternels post-impressionnistes pour lever une paupière mi-close sur des scores à 5 chiffres et quelquefois un bibelot chinois que jamais personne ne voit venir et qui finit à un prix faramineux alors que l’estimation avoisinait les 100 €! Bref du banal, de l’archi vu, en général. Et toujours ces beaux tableaux anciens qui ont du mal à trouver preneur… Inutile de s’arrêter sur les meubles!

Hier toutefois, un peintre russe méconnu en France, quasiment jamais passé à Drouot, était à l’honneur dans la vente organisée par Tessier & Sarrou et associés. Pior Konchalovski (1876-1956) se voyait représenter par le paysage à la maison rouge en une, huile sur toile 70 x 85 cm, analysé par le rapport d’un laboratoire de Genève et validé par la fondation Konchalovski à Moscou. De provenance bien déterminée, son pedigree ne faisait pas de doute. L’experte, enthousiasmée par le lot gratifia la salle d’une longue présentation où rien des différentes périodes cézaniennes de l’artiste n’étaient plus étrangères à l’assistance, salle pleine. Au point qu’elle s’en amusait. C’était bien trop long. Certains parlaient déjà de l’heure de gloire de la présentatrice, ses 15 minutes de célébrité chères à Andy Warhol. Le commissaire priseur se faisait complice de l’assistance. Enfin elle finit son laïus… En français! Car elle remit immédiatement le couvert cette fois en russe, in extenso, malgré l’adjudicateur lui demandant d’être synthétique!

Les meilleures choses ont une fin et les enchères débutèrent. Directement à 100 000 €. La maison de vente avait 4 clients en ligne. Un homme dans la salle arrimé à son portable mettait aussi des enchères. A 180 000 il ne resta plus qu’un téléphone contre l’homme au portable qui prenait ses ordres au fur et à mesure. Et ils bataillèrent gentiment à coup de 5 000 €. A 315 000 € l’homme au portable n’en voulait plus. Le crieur chercha à l’encourager avec une petite enchère de mille euros. Il refusa tout net et le tableau fut adjugé frais compris (25%) à 393 750 €.

Maintenant à vous de juger! Avant ça, signalons cette phrase intéressante de Piotr Konchalovski retranscrite dans le catalogue:  » Le plus important pour moi dans un paysage de forêt, c’est la silhouette de l’arbre dans le ciel, la silhouette de ses branches. Les maîtres anciens le comprenaient très bien et savaient très bien le traduire mais les imitateurs ont transformé ce beau procédé en une méthode « artisanale ». Et forcément il fallait à travers la nature se tourner vers la méthode classique comme l’enseignait Cézanne ».

Frédéric Le Quer