La philharmonie de Paris

Par Dimanche 22 février 2015 Permalink 17

Hier soir, à la philharmonie de Paris, dans la grande salle, Le Concert Spirituel, un orchestre résidant à l’opéra-théâtre de Metz dirigé par Hervé Niquet, jouait du Marc-Antoine Charpentier, compositeur baroque du XVIIe siècle et du Georg Friedrich Haendel. Et c’était beau.

Porte de Pantin, il fait nuit, une grille grande ouverte laisse deviner qu’il faut la franchir pour aller se garer. Un homme souriant engage à ne pas hésiter et montre le chemin de la rampe qui descend vers le parking. Blocs de bétons, bâches, échafaudages accueillent le visiteur éberlué se demandant s’il n’est pas perdu dans un no man’s land de Seine Saint Denis. Rien n’est fini, tout semble précaire; si une hôtesse proposait des casques de chantier fluorescents en sortant de la voiture personne ne serait vraiment surpris!

Après l’ascenseur, le passage obligé par une terrasse au quatrième étage laisse voir les lumières de la banlieue. Le panorama méprise les bâtiments parisiens du centre et de l’ouest de la capital, sans doute politiquement incorrects, et préfère s’orienter vers les cités du 9-3. Le visiteur passe alors s’en s’attarder… Même si la nudité du hall d’accueil manquant d’ampleur, avec un mur noir dans le fond qui le rapetisse encore, laisse penser que là aussi des aménagements sont à venir, c’est seulement à partir de ce moment que débute la soirée au spectacle.

Pourtant personne n’a vraiment envie de demeurer dans les couloirs désolés et sans charme où des cartons par terre se proposent de servir de poubelle. On s’engouffre donc vite dans la salle de concert et c’est l’éblouissement. La scène réservée aux musiciens est entouré de spectateurs parfois suspendus dans ces espèces de nuages que constituent les balcons posés contre les parois de la salle. La vue est sublime, tout est parfaitement visible quelque soit l’endroit où le spectateur se trouve. Les formes arrondies ont quelque chose d’art nouveau qui tout de suite détend. La lumière tamisée est juste ce qu’il faut.

Et puis les musiciens entrent, appellent le chef d’orchestre par quelques accords, qui arrive à son tour se précipitant pour lancer le premier morceau. Le son est le point d’orgue du plaisir que chacun prend à être là car il met magnifiquement en valeur ce qui sera joué sur un tempo rapide pendant deux heures. Le marivaudage des cors et des trompettes restera un grand moment!

La programmation va se révéler dans l’avenir hétéroclite! Anne Hidalgo, jamais en retard de démagogie, propose déjà de faire jouer du rap à la philharmonie de Paris; c’est donné du lard aux cochons! Mais écouter de la musique baroque dans un lieu fait pour ça ne devient-il pas en France une provocation?

Frédéric Le Quer

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