Le pétrole

Par Mercredi 11 mars 2015 Permalink 27

Lorsque la chute du prix du pétrole a débuté au milieu de l’année 2014, le baril dépassait les 100$. Le WTI, le cours aux US (T comme Texas) est au plus bas à 48$ actuellement. Cette volatilité n’a rien de très nouveau; en 1986, par exemple, le baril est allé de 130$ à 6$. La crise asiatique, la guerre du golfe, la crise des subprimes ont fortement influé sur le cour à chaque fois.

Le roi d’Arabie Saoudite, Salmane Ben Abdel Aziz, vient d’assurer hier dans un discours à l’adresse du royaume que tout sera entrepris pour minimiser cette crise. Un programme économique pour palier à la baisse des revenus s’élabore. Il cherche à remplacer des recrutements de fonctionnaires payés jusqu’ici grâce à la manne pétrolière par une politique entrepreneuriale! Mais le pays n’est pour le moment guère vulnérable à ce choc par rapport à la Russie, au Venezuela, à l’Iran, au Nigéria, à l’Algérie… D’ailleurs bien loin de chercher à diminuer sa production pour faire à terme remonter les prix, il s’y refuse au grand dam de certains de ses partenaires de l’OPEP.

Deux scénarios concernant cette crise sont évoqués. Une entente américano-saoudienne pour nuire à leurs adversaires bien plus fragiles économiquement que sont la Russie et l’Iran a longtemps été une possibilité. Elle semble dorénavant peu probable puisque l’industrie du pétrole de schiste commence à souffrir terriblement en Amérique du Nord. Il semblerait donc s’agir plutôt d’un bras de fer impliquant une surproduction voulue par le royaume, dans un marché dont la demande internationale reste stable, ayant pour but la fermeture des puits les moins rentables aux US.

Alors les recettes pétrolières s’amenuisent partout et de façon inquiétante dans les pays qui ont toujours préférés importer des biens industriels avec l’argent gagné par les exportations pétrolières plutôt que les fabriquer eux-mêmes. La malédiction des matières premières (baisse des recettes + baisse de la devise) éclate encore pour des pays plus cigales que fourmis, ne détenant pas de fonds souverains comme la Norvège. Mais la fameuse théorie des climats de Montesquieu voyant des pays froids mieux organisés que ceux du sud pour produire plus efficacement ne s’applique pas vraiment puisque la Russie prend la crise de plein fouet!

Ce ballon d’oxygène pour les pays européens est en partie compensé par la baisse de l’euro. Le surplus de croissance anticipé est bien aléatoire quand on ajoute certains marchés d’exportation qui vont obligatoirement se refermer. La reprise tant espérée pour diminuer les déficits de pays comme la France ou l’Italie ne viendra pas de la baisse du prix du pétrole qui si elle perdure représente, au contraire, une nouvelle épée de Damoclès au dessus de l’économie mondiale.

Frédéric Le Quer