Paul Sérusier 1864-1927, peintre de Bretagne

Par Jeudi 28 août 2014 Permalink 10

Paul Sérusier est à la source du groupe des peintres symbolistes, les nabis (prophètes en hébreu), avec le petit panneau « le talisman » (voir ci-contre) exécuté à Pont Aven sous l’influence de Paul Gauguin. Son oeuvre profondément nouvelle et mal comprise de ses contemporains se révèle au cours du XXe siècle.  Bien qu’il soit né à Paris, la Bretagne qui l’attire et l’inspire devient pour reprendre ses mots « ma vraie patrie puisque j’y suis né de l’esprit ». L’artiste y connait trois périodes, à Pont Aven, au Huelgoat, à Châteauneuf-du-Faou.

A vingt quatre ans Paul Sérusier se rend à Pont Aven. Présenté à Gauguin par Emile Bernard, sa carrière s’en trouve bouleversée. Deux étés de suite,  entrecoupés par des hivers à Paris où le groupe composé de lui-même, Maurice Denis, Paul Ranson, Pierre Bonnard, Edouard Vuillard, Henri-Gabriel Ibels développent une nouvelle esthétique, il exécute des chefs-d’oeuvre synthétiques. « Pour éviter de rapprocher deux tons trop écartés », il s’attache à l’application de la couleur. Dans sa correspondance avec ses amis nabis, il montre sa passion pour les théories sur l’art.

L’influence de Gauguin va s’estomper après son départ pour Tahiti et Sérusier s’installe au Huelgoat pour l’été avec deux peintres nordistes, Verkade et Ballin.  Sa peinture présente les réformes plastiques des Nabis : couleurs en aplats, cernes, perspective fausse ou absente, horizons hauts des paysages.  Moins contrastées qu’avec Gauguin les couleurs atténuées se rapprochent de la palette de Puvis de Chavannes. 

SAM_0504 C’est à partir de 1893 qu’il passe les beaux jours de l’année à Châteauneuf du Faou. Il y  restera à partir de 1906 jusqu’à sa mort en 1927. Le calme lui plait, les vallons sont l’objet  d’études picturales. L’homme est ombrageux, donneur de leçons, solitaire, misanthrope.  Son travail incompris de ses contemporains le plonge dans l’angoisse et la dépression. Il  retourne cependant régulièrement à Paris où il expose aux différents salons des  indépendants et réalisent des décors de théâtre. Mais il vit de plus en plus isolé et tente de  théoriser ses recherches esthétiques; en 1921 il publiera un traité « ABC de la peinture » qui  résume ses conceptions. Les tapisseries médiévales l’inspirent. Il transpose à la peinture à l’huile des passages de l’évangile sur les murs en plâtre de l’église de Châteauneuf.  Il décore sa maison du centre du village de scènes fantastiques. Sur le plan personnel il se marie avec Marguerite en 1912,  élève à l’académie Ranson où il donne des cours l’hiver.

Après sa mort d’une crise cardiaque, son épouse n’aura de cesse de mettre en valeur l’oeuvre de Paul Sérusier, le nabi à la barbe rutilante,en vénérant et ranimant constamment son souvenir jusqu’à sa propre mort en 1950. Ses toiles aujourd’hui s’arrachent dans les ventes aux enchères: en 2012 une de ses oeuvres de taille moyenne (37×55) fit à Brest 192 000 €. Pour son épouse, mission accomplie, l’artiste est maintenant justement valorisé!

Pour finir laissons parler le théoricien de l’art qu’il n’a jamais cessé d’être:  » Si le dessin est simple et beau, si la couleur est harmonieuse et expressive, n’est ce pas la plus grande ambition qu’un artiste puisse avoir? »

Frédéric Le Quer


 

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