Paradise Papers

Par Lundi 6 novembre 2017 Permalink 3

Il y eut OffshoreLeaks en 2013 (Portcullis, une fiduciaire singapourienne), Luxleaks (Price Waterhouse) en 2014, SwissLeaks (HSBC) en 2015, Panama Papers (données venant de Mossack Fonseca, cabinet d’avocats) en 2016 et maintenant Paradise Papers, 13,4 millions de documents confidentiels venant du cabinet d’avocats des Bermudes Appleby et, dans une moindre mesure, de la fiduciaire Asiaciti Trust. A chaque fois, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung reçoit de la part d’un lanceur d’alerte une montagne d’informations et la redistribue à ses confrères qui participent au tri. Il en ressort un système de corruption massive généralisée. Néanmoins, il apparaît avec l’expérience que les fraudeurs ne risquent pas grand chose alors que le lanceur d’alerte ne bénéficie d’aucune protection juridique qui aurait pu, dû, être mise en place par les gouvernements. Sa vie devient un enfer. Beaucoup d’organes d' »information », le plus souvent propriété de milliardaires, se désintéressent de la question, la finance, la politique, les médias ne faisant plus qu’un.

L’anecdote croustillante se substitue alors à une analyse en profondeur de notre société, de la démocratie. La reine d’Angleterre, le monde du foot, de la F 1, des tops model, des dirigeants politiques, allant d’un ministre de l’un des pays les plus pauvres du monde, Haiti, à des ministres dans les pays les plus riches comme Cameron, sont mis en exergue, abandonnés à une maigre et courte vindicte populaire. C’est le moyen trouvé pour masquer l’effondrement moral généralisé, d’ampleur planétaire celui qui fait passer à longueur de temps des vessies pour des lanternes, qui offre aux citoyens un spectacle d’ombre, un mythe de la caverne répété à l’envi. Enchainés par une manipulation des esprits jamais atteinte, ils écoutent bien les scandales financiers qu’on leur débite. Jamais ils ne les entendent puisque plus jamais ils ne se révoltent. Pire, en France, par exemple, ils votent Macron qui réclame aux pauvres de l’être un peu plus pour le bien des riches!

Les méchants qu’on nous désigne, les Ben Laden, Khadafi, Kim Jong-un ou les tueurs de masse, ne sont pas les plus dangereux. Ils représentent le dixième d’un iceberg constitué de fascisme, d’accaparement, d’abrutissement des masses, de sa mise en esclavage. Ils permettent aux populations de se focaliser sur des leurres pendant qu’un certain milieu organise un despotisme obscurantiste à l’échelle mondiale comme le révéleront encore en vain les Paradise Papers.

Frédéric Le Quer