Pantalonnade au Panthéon

Par Jeudi 28 mai 2015 Permalink 23

La cérémonie, hier, au Panthéon a attiré le badaud parisien. Des personnages relativement secondaires ont fait leur entrée dans l’histoire de France pour quelques temps avant qu’ils ne retombent dans l’oubli comme la plupart de ceux qui y sont inhumés.

La sanctification n’est pas une démarche républicaine! L’état ne sait pas bien faire et confond souvent grandeur historique et patriotique avec grandeur d’âme. Alors des gens bien, sûrement, sont béatifiés, un peu faute de mieux, pour créer l’événement, pour servir le pouvoir en place. Quand en plus le souffle épique et littéraire est complètement absent du discours d’intronisation, il ne reste plus qu’une séquence politicienne, prétexte à accumuler ces grands mots que celui qui les dispense croit rassembleurs, mais qui sonnent si creux que l’ennui rattrape très vite l’auditeur.

Et concernant l’accumulation de termes accrocheurs, derrière lesquels chacun a compris depuis longtemps qu’ils étaient devenus des auberges espagnoles, nous n’avons pas été déçus. Solidarité, courage, république, asile, école, socialisme, gaullisme, humanité, exclusion, vertu, pauvreté, migrants, excellence, laïcité, intégration, audace, jeunesse, patrie… J’en passe et sûrement des meilleurs! Rien n’a été oublié! Chaque phrase du pensum du Panthéon était l’occasion de se gargariser d’un substantif passe-partout voulant créer le consensus mais n’aboutissant qu’à l’agacement.

Pendant une heure, un texte, pondu par des énarques dont l’objectif était d’accrocher aux branches de l’actualité la vie des quatre récipiendaires, retenus après moult hésitations, fut débité. L’esprit du 11 janvier ne nous a pas été épargné, les allusions les moins fines possibles à la réforme de l’éducation non plus!

La fin du laïus fut grandiose, enfin pas vraiment… François Hollande déclara que « l’histoire est ce que nous en ferons » et que « l’histoire de France unit quand elle devient l’histoire partagée ».  La matière scolaire n’avait alors plus de sens en soi mais n’avait d’utilité pour lui qu’à travers une mise en perspective (mise en abîme?) de ses propres options politiques: N’importe quelle anecdote, n’importe où dans le monde, ferait l’affaire et serait apprise aux élèves si elle servait à justifier son programme… Gageons que quelques célébrités « panthéonisées » ont dû se retourner dans leur tombe!

Frédéric Le Quer