Palmyre vue du journal du Louvre, Grande Galerie

Par Dimanche 3 avril 2016 Permalink 1

Le journal du Louvre, Grande galerie, fait paraître, dans le dernier numéro, une interview du président-directeur du musée, Jean-Luc Martinez concernant le rapport qu’il a remis à l’Elysée en novembre dernier sur les destructions d’oeuvres d’art.

A l’heure où Palmyre vient d’être libérée, il est intéressant de voir comment le patrimoine culturel est valorisé par les extrémistes religieux! Il ressort que l’Etat Islamique prélève « un droit du sol, une dîme, en délivrant les permis de fouille ». Ainsi les trafiquants peuvent venir piller les antiquités afin de les vendre à l’étranger. Ce financement d’ISIS ne vient donc pas directement du trafic mais de l’impôt qu’il perçoit en contre-partie de l’autorisation donnée pour le perpétrer. Il utilise les compétences existantes puisque ces destructions existent depuis longtemps en laissant les organisations criminelles opérées contre une taxe. En effet, on ne s’improvise pas archéologue!

Il ressort aussi des déclarations de M. Martinez que le dynamitage des temples antiques de la ville n’a pas pour seul objet d’épouvanter le bourgeois occidental. Il répond au besoin de découvrir des cachettes dissimulées dans les sous-sol inexplorés des temples où se trouvent sculptures et trésors. Evidemment la précaution et la délicatesse n’étouffe pas ces chercheurs! Mais leur intérêt n’est pas non plus de tout bousiller. A coup de faux papiers les découvertes se font une virginité au bout de 5 ou 10 ans et apparaissent presque blanc bleu dans les salles de ventes ou chez les antiquaires et galeristes. Ce recel d’objets antiques est donc encouragé, soutenu, sponsorisé par le marché de l’art. On entend alors les cris d’orfraie poussés par certaines bonnes âmes devant les images de destruction de site plus comme des tartuferies que comme une indignation sincère concernant l’intégrité d’un patrimoine de l’humanité.

Si Palmyre ne fut pas toujours en paix, la ville représenta néanmoins un lieu de croisement pour différentes cultures. La tolérance n’étant pas le fort de l’EI, ce symbole n’a rien eu pour l’apaiser… Il semblerait pourtant d’après le président-directeur du Louvre que moins de la moitié du site a jusque là été fouillé, que les monuments abattus étaient des reconstructions des XIXe et XXe siècles, que les découvertes dans les décennies à venir seront nombreuses et enfin que Palmyre continue « d’exister dans les collections du musée du Louvre ou dans celle du musée du cinquantenaire de Bruxelles » et dans… « la tête des spécialistes ». ça, c’est de la positive attitude!SAM_1161

Buste de femme provenant de Palmyre du IIIe siècle après Jésus Christ. Musée du Louvre

Frédéric Le Quer