Nuit debout

Par Samedi 9 avril 2016 Permalink 1

Les gauchistes du mouvement nuit debout qui se révoltent, ne font pas partie des classes laborieuses. Ils côtoient le pouvoir et le monde de l’argent, en dépendent même parfois financièrement. Ils voient vivre les caciques, haïssent leurs modes d’arrivée au pouvoir par cooptation, veulent prendre la place de force, s’en sentent aussi dignes que leurs chefs. C’est une pulsion de vie naturelle pour l’ascension sociale. Les bobos intellos précurseurs des rassemblements sur la place de la République suite à une organisation réussie, après tant de tentatives qui échouent, ne sortent pas de l’œuf! Ce sont les cadets des Harlem Désir ou des Julien Dray.

D’abord, il y a un film de François Ruffin, Merci patron, qui s’en prend à LVMH en particulier aux multinationales en général, et qui bénéficie d’une bonne critique. Il y a ensuite Frédéric Lordon, l’intellectuel de gauche devenu europhobe et peut-être à tendance souverainiste, mais là c’est plus compliqué, pénible à lire mais indéniablement brillant, qui fait du film dans le Monde Diplomatique, un brûlot révolutionnaire. Une compagnie théâtrale Jolie môme s’agite pendant ce temps sur une scène à St Denis scandant « Ils ont des milliards, nous sommes des millions ». On voit le truc d’ici! Avec ces cautions morales plutôt élitistes, des gauchistes de tout poil se fédèrent et réussissent à entraîner plus largement. François Ruffin déclare: « Ils appartiennent grosso modo à la même classe que moi, cela dit sans aucun mépris ni jugement : la petite bourgeoisie intellectuelle, à précarité variable » .

Si au début la loi El Khomri servit de détonateur, nuit debout devant bien se trouver un socle dans le réel, elle est maintenant complètement oubliée. Les intellectuels ne sont pas dans le terre à terre, ce ne sont pas des syndicalistes, ce n’est pas la CFDT qui le jour où un gouvernement rendra légal les châtiments corporels sur les salariés négociera la taille et l’épaisseur de la matraque!  Nuit debout ne connait pas vraiment le nouveau prolétariat. Il défend une classe sociale évanescente dont il ne sait en fait quasiment rien. Il cause tant qu’il ne fait pas trop froid! Les zadistes par exemple ont des objectifs concrets. Nuit debout a des idées sur tout.

En fait beaucoup de ces gens sont plutôt sympas. Ils sont comme des idiots utiles, largués, un peu déboussolés à qui il manque à l’évidence une pensée politique structurée. Mais le mouvement même l’interdit car dès qu’il se dotera d’un programme, il rejettera automatiquement une partie des participants. Choisir c’est exclure, les meneurs le savent bien. Aujourd’hui tout le monde s’y retrouve car n’importe quelle idée est tolérée du moment qu’elle reste internationaliste tout en étant antilibérale. Enfin nuit debout est un mouvement, composé de français blancs, qui aimerait bien fraterniser avec les banlieues mais qui ne les connait pas! D’ailleurs ils n’ont strictement rien en commun. Le jour où les arabes des cités pactiseront avec nuit debout, il n’y aura plus de problème musulman, il n’y aura plus de terrorisme islamique. Ils seront intégrés.

Frédéric Le Quer