Nicolas Sarkozy

Par Mercredi 17 février 2016 Permalink 16

Nicolas Sarkozy fut l’homme du début des années 2000. Il secouait la torpeur et l’ennui de la présidence de Jacques Chirac en représentant le loup dans la bergerie de l’establishment français. Qu’il a pu les choquer tous les offusqués de naissance prompts à s’épancher sur la soi-disant outrance d’une simple proposition dès qu’elle était neuve! Et des idées, l’homme politique en avait à revendre… Et il les déclinait sans peur. Chaque ennemi nouveau au lieu de le faire douter, le renforçait toujours plus.

Alors les français ont cru en lui sincèrement. Sans qu’il cherchât à jouer l’intellectuel qu’il n’était pas, son intelligence lui permit d’être entendu par des citoyens surpris que leurs problèmes soient enfin mis à l’ordre du jour. L’immigration, l’insécurité, le travail, il en parlait cash, sans tabou et faisait espérer qu’enfin quelqu’un d’en haut comprît un peu le mal-être du peuple. Nicolas Sarkozy n’était pas seulement à droite: il était Mélenchon, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan réunis. Il n’était pas enfermé dans un parti, il incarnait l’UMP et transcendait l’appareil. Le tribun s’autorisait des diatribes qui semblaient impossibles à dire jusqu’à ce qu’il les prononçât et tout le débat public tournait autour de ses engagements économiques et sociétaux.

Aussi ses ennemis s’en prirent à l’homme. Tout fut bon pour le rabaisser, son physique, sa vie, sa famille. Avec le temps, le grand agitateur s’émoussa et son entrée à l’Elysée constitua plus une fin qu’un commencement. Il chercha des amis là où il ne pouvait trouver que des traîtres et tenta des ouvertures politiques que personne ne lui demandait pour être considéré par des gens dont on pensait jusque là qu’il se foutait, ce qui faisait sa force. Il n’eut certes pas de chance avec la crise des subprimes, mais au lieu d’expliquer la situation aux français qui se rendaient bien compte que cela dépassait largement le cadre du pays, il creusa sottement les déficits en cherchant à maquiller le drame économique. Et puis sur l’immigration, les citoyens l’attendaient toujours et au lieu de ça, se virent embarquer dans une guerre ridicule en Libye. Les déçus du sarkozysme ne revinrent jamais.

Hier Nicolas Sarkozy a probablement vécu sa mort politique. Il bougera encore un peu mais ses casseroles vont le plomber. Après la mise en examen pour corruption dans l’affaire Bettencourt, celle concernant le financement illégal de sa campagne représente la goutte d’eau… Et puis l’histoire d’être témoins assisté pour une affaire de faux, d’escroquerie et d’abus de confiance n’a vraiment rien d’un soulagement.

Nicolas Sarkozy est passé un peu à coté de son destin alors que les gens ont un temps cru sincèrement en lui. C’est comme ça, pour lui rien n’est vraiment dramatique et sa carrière reste néanmoins belle. Pour la France, il n’était pas le sauveur dont elle avait besoin, mais à force de ne trouver personne, elle s’enfonce bien profondément dans la merde.

Frédéric Le Quer