Nicolas Poussin (1594-1665), l’intello

Par Dimanche 6 décembre 2015 Permalink 2

Nicolas Poussin représente typiquement le génie français. Sa figure de peintre intellectuel ne laisse ni école ni disciple à Rome où il vécut la plus grande partie de sa vie comme à Paris qui sous Louis XIII n’était qu »en train de devenir une place très réputée concernant les arts.

Ses peintures sont mûries, longuement réfléchies. L’espace est parcellisé géométriquement à coup de règles et de compas. En général il n’y a pas d’esquisses préparatoires mais en revanche de nombreux croquis de sa main ont été conservés. L’oeuvre de Nicolas Poussin se situe en pleine explosion du baroque où des figures théâtralisées cherchent à émouvoir instantanément et à faire comprendre les scènes clés de la bible ou de la vie des saints. La papauté cherche avec la contre réforme à éclairer l’ancien testament et l’évangile aux croyants en se démarquant de l’austérité proférée par les idées calvinistes ou luthériennes. Mais le peintre dont les tableaux religieux sont nombreux, ami des jésuites, protégé du pape Urbain VIII, est dans une veine différente. Foin de clair obscur caravagesque, foin de drapés compliqués, foin de mimiques expressives. Il y a les musculatures michelangelesques mais surtout c’est une ambiance dans laquelle celui qui observe ses tableaux, ses paysages en particulier, plonge au bout d’un certain temps. Rien n’est immédiat chez Poussin, aussi bien d’y entrer car il exige de la concentration, que d’en sortir car il marque profondément.SAM_0908Il n’est pas janséniste, Poussin, le néant, la mort ne l’obsède pas malgré sa santé fragile. Ses paysages sont doux et lyriques. Il est au début de carrière influencé par Titien. Il prend son gout pour l’antique chez Carrache ou Dominiquin. L’intellectuel évolue dans un style grec, élégant et sobre. Et naturellement l’homme riche et reconnu devient de plus en plus serein dans sa peinture. Quand il meurt à 71 ans, Rome le reconnait parmi les grands. La France l’oubliera plus d’un siècle. Mais avec le néoclassicisme, son influence sur des peintres comme Ingres et David va fortement compter. Le XIXe siècle le redécouvre donc et en fait l’un des plus grands. Les symbolistes comme Puvis de Chavannes lui doivent beaucoup mais c’est avec Cézanne que la dimension intellectuelle de son travail avec ses touches objets d’une longue méditation réapparaît.

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Nicolas Poussin par sa stature impressionnante semble un figure étouffante pour l’amateur trop timide. Il a tort. Ce monstre sacré est de ceux qui apportent le plus à l’observateur à qui il suffit de voir et d’attendre que se déclenche ce qui adviendra inéluctablement: un moment de grâce qui bouscule.

Frédéric Le Quer