Mouvement social: ça commence pas mal!

Par Jeudi 10 mars 2016 Permalink 7

S’il y eut une surprise hier, ce fut d’entendre le mouvement social se revendiquer des luttes ouvrières du XIXe siècle. A quoi rêvaient les manifestants? Aux trois glorieuses de 1830? A la révolution française de 1848? A la commune de Paris?

En 1830 le roi Charles X cherche à passer en force sa réforme constitutionnelle. Les corps sociaux se raidissent, l’exécutif fuit, le peuple est récupéré par des monarchistes soft et c’est la victoire du libéralisme à la sauce XIXe. En 1848, le mécontentement est général. Misère, choléra, crise financière. Etudiants et ouvriers  crient ensemble « vive la réforme ». Louis Philippe est chassé. La deuxième république est née. En 1871, salariés et petits patrons s’insurgent contre le pouvoir et les élites disqualifiées par la défaite. La commune est l’utopie réalisée pendant quelques semaines d’un peuple s’auto gérant qui en sera atrocement puni.

Les causes de ces trois insurrections ont à l’évidence des rapports avec l’ébauche, entrevue hier, d’un commencement de lutte populaire contre le pouvoir en place. Une loi qu’on cherche à passer en force. Une crise financière qui n’en finissant pas, entraîne des foyers qui en sont seuls les victimes, dans de plus en plus grandes difficultés. Des salariés précarisés et des auto entrepreneurs pressurés se retrouvent dans la baisse régulière de leur niveau de vie. « Jetables à vie », c’est comme cela qu’ils se considèrent et c’est dans cette sentence sans espoir que sont les germes d’une révolution. Si suffisamment de gens pensent sincèrement qu’ils n’ont plus rien à perdre, le pouvoir est déjà mort.

Les soutiens au gouvernement se trouvent à Bruxelles, au MEDEF, dans l’opposition « Les Républicains ». C’est à la fois peu et beaucoup. Peu, parce qu’il reste tout un peuple qui en a ras-le-bol de la façon dont la France est dirigée et dont les aspirations sont à l’opposé de là où les caciques l’emmènent. Beaucoup, car cette minorité a en main les leviers de l’état et la presse. Déjà celle-ci, insidieusement, relate, au gré des émissions, la période de la Restauration, conservatrice au possible, juste après l’empire, comme un moment soi-disant rêvé par les français alors qu’il aboutit à cause de sa dureté aux trois glorieuses! L’important, c’est d’embrouiller! Tout sera engagé pour maîtriser l’opinion publique en tentant de dévoyer ses aspirations par des interprétations fallacieuses assénées comme des vérités.

Ce mouvement social, peut-être en devenir, est aussi orphelin d’un leader, bien sur, mais ce n’est pas le plus grave, il est surtout orphelin d’une idéologie portée par un groupe de penseurs dans laquelle il se reconnait, qu’il admire. Les Aubry, Besancenot, Cohn-Bendit, ou même Mélanchon, ne représentent personne ou très peu. Ils sont mis avec raison dans le même sac que ceux au pouvoir. On n’attend rien de ces gens englués jusqu’au cou dans le système. Alors pour qu’il y ait révolution, et qu’elle ne finissent pas dans le sang et la répression, le mouvement social devra s’intellectualiser pour que derrière les revendications terre à terre surgissent un programme alternatif. Mais les choses ne font que commencer…

Frédéric Le Quer