La monnaie unique en question

Par Lundi 5 janvier 2015 Permalink 8

Il existe en Europe dorénavant une divergence de fond sur le devenir de la monnaie unique. Si il a été jusqu’ici lissé par des déclarations diplomatiques, les événements grecs assez prévisibles ( voir article Grèce, la pestiférée ) obligent les parties prenantes à un peu plus de transparence sur leur vision du futur de l’union monétaire.

La France, l’Italie, l’Espagne sont les principaux pays alignés sur la politique américaine. Ils s’ingénient non seulement à suivre les désirs de Washington mais aussi à les devancer dans l’espoir d’obtenir le titre de meilleur allié des Etats Unis. Si la monnaie unique est la résultante de traités européens, rien n’aurait pu se faire sans l’aval engagé du pouvoir politique et monétaire d’outre atlantique. Restant donc sur ce paramètre, ils s’accrochent à l’idée d’une impossible remise en cause du traité de Maastricht, s’arc-boutant sur l’inaliénabilité, voire le sacré de ce bouleversement politique, économique, financier pensant que pour Barack Obama et ses conseillers tout se doit de rester figer en Europe quelque soit le milieu ambiant que la crise crée. Préjuger de ce que veut ce pays véritablement indépendant et pragmatique est une gageure promise à l’échec à un moment donné! Par ailleurs les populations de ces états, pas vraiment souverains, deviennent les victimes expiatoires des décisions injustes et humiliantes, comme par exemple la baisse du pouvoir d’achat des classes moyennes qui ne compense pourtant pas les bénéfices de la dévaluation d’une monnaie, que leurs élus, jusque là indéboulonnables, s’évertuent à prendre pour sacrifier à des croyances subjectives.

L’Allemagne, chef de file des pays du nord de l’Europe, a sa propre vision de ce que la monnaie unique doit être. Ne calquant sa politique sur quiconque, elle considère ses intérêts supérieurs comme les seuls devant être pris en compte. Si, concernant l’Ukraine, ses positions ont rejoint celles des Etats Unis bien que les objectifs n’aient rien à voir, ( l’un veut récupérer une main d’oeuvre bon marché pour son industrie, l’autre désire affaiblir la Russie), concernant la monnaie unique elle suit solitaire sa vision par petite touche, tel un pointilliste juxtaposant des points de peinture qui au bout du compte représentent un tableau cohérent. L’€ est une monnaie forte, les finances publiques de chacun des états doivent tendre vers l’équilibre, la population allemande refuse de payer pour les pays au train de vie dispendieux. L’axiome outre-Rhin n’a rien d’évident en France, en Italie, en Espagne. L’éventuelle sortie de la Grèce est pour l’Allemagne un avertissement qu’elle lance à ses voisins. Qui m’aime me suive, quant aux autres…

En ce début 2015, rien n’est figé. La monnaie unique est voulue par le milieu financier, le milieu des grandes entreprises, le milieu politique et le milieu médiatique. Quelques chercheurs bien payés sont récupérés pour lui donner une crédibilité scientifique. Face à cette puissante armada, les faits sont têtus et en dévoilant chaque mois des résultats économiques inquiétants, ils soulignent davantage l’incongruité du statu quo. Si le pragmatisme américain se révèle une fois de plus, il ne faudra pas donner cher de son avenir.

Frédéric Le Quer