Le mobilier français au Moyen Âge

Par Lundi 18 août 2014 Permalink 16

Les mille ans de la période du Moyen Âge entre le Ve et le XVe siècle, entre l’art gréco-romain et celui de la Renaissance, entre le dernier empereur romain d’occident et la découverte de l’Amérique ont laissé des édifices partout en France dont l’architecture émerveille toujours. Le haut Moyen Age nous offre même, grâce aux fouilles, ses créations concernant les arts du métal et l’orfèvrerie. Pourtant de mobilier français il n’est presque pas question. La population de six à quinze millions d’habitants en fonction des époques, n’en avait guère utilisé.

Il y eut aussi les déménagements constants et la guerre de cent ans (quatorze et quinzieme siècles) qui ne favorisèrent pas leur conservation. En plus ce mobilier a été beaucoup utilisé comme bois de chauffage durant le Grand Siècle où cette période y était tenue pour primitive. Bien mal aimés tous ces meubles! Si donc du haut Moyen Âge, l’époque romane, il ne reste rien, il en subsiste toutefois du XII, XIII et XIVe siècles avec notamment dans une église romane de Corrèze une armoire du XIIe siècle, une autre à la cathédrale de Bayeux ou encore au musée des arts décoratifs de Paris un coffre du XIVe siècle et un autre aussi au musée Carnavalet. Le reste est presque tout le temps soit en très mauvais état, soit fabriqué au XIXe siècle où le style fut remis à l’honneur, soit carrément faux et malhonnête.

Le quinzième siècle voit une certaine évolution. L’architecture sert de modèle à des meubles fabriqués par des spécialistes, les huchiers-menuisiers. Leur nombre s’accroit et plus d’exemplaires sont arrivés jusqu’à nous. Le noyer, bois souple, remplace progressivement le chêne comme matériau principal. Le nouveau répertoire ornementale est rendu plus gracieux avec de nouvelles techniques d’assemblage par queue d’aronde ou tenon et mortaise. À noter que ces meubles étaient peints mais qu’un décapage absurde a fait disparaître la couleur.

La société médiévale dont la croissance économique est plus dynamique au nord qu’au sud de l’Europe donne la suprématie au mobilier de style gothique. La création française domine et les écoles régionales des Flandres, de L’Ile de France, de Bourgogne sont particulierement prisées. Dans les châteaux comportant de grandes pièces à vivre qui servent à tous les événements un certain luxe compensait les conditions de vie rudes. Les ornementations d’étoffes sont capitales dans la décoration. Soieries orientales, velours, brocards, tapisserie protègent des courants d’air ou recouvrent des meubles. Une riche polychromie égaye alors des habitations souvent dans la pénombre. Les scènes représentées sur les tissus révèlent le mobilier tout comme les sculptures des portails et les statues.

Le meuble de base est le coffre qui sert pour tout et est parfois surmonté d’un piètement. Le dressoir présente l’orfèvrerie. Les sièges, variés, hiérarchisent les individus assis dessus, la chaire étant réservée au seigneur. La coutume était de transporter le mobilier de demeures médiévales en demeures médiévales en suivant les « corps ». Les meubles toujours en voyage accompagnaient les déambulations du propriétaire. Seuls ceux des églises étaient sédentarisés.

Jusqu’au commencement du seizieme siècle, les meubles conservent leur structure médiévale. La vie de tous les jours n’a d’ailleurs pas changé. Mais petit à petit, un art de vivre plus raffiné, plus intellectuel réclamera de petites pièces intimes et confortables. De nouveau meubles pour les agrémenter apparaissent et y trouvent leur place sans être constamment transbahutés. Le bouleversement des mentalités est en cours. La Renaissance française après les guerres en Italie de Charles VIII, Louis XII, et François 1er est en train de naître.

Frédéric Le Quer

Musée des Arts décoratifs au Louvre

Musée des Arts décoratifs au Louvre