Michel Onfray sur France Culture

Par Jeudi 8 juin 2017 Permalink 1

Michel Onfray était hier invité sur France Culture (la demi heure d’interview est ré-écoutable sur leur site). Comme d’habitude, il a fait référence à sa paire antagoniste jacobins versus girondins. Il met en avant ces derniers et jette l’anathème sur les premiers: Jacobinisme = Robespierre = dictature du prolétariat. Gironde = vraie démocratie qui vient de la base, des régions = modération. On pourrait lui rétorquer que c’est trop tard, qu’aujourd’hui, un ouvrier (sens large) du fin fond de la Bretagne se sentira plus proche d’un ouvrier du fin fond de l’Alsace, voire d’un ouvrier de Bab el Oued que de n’importe quel personnage breton d’une classe intellectuelle ou financière différente de la sienne. La lutte des classes à laquelle Michel Onfray croit, crée le centralisme démocratique pour mener à la dictature du prolétariat. Ces notions sont indissociables. Le PC s’est fourvoyé en cherchant à différencier les bonnes des mauvaises notions. On touche ici le problème des élites dont l’intellectuel fait partie: elles sont décalées du peuple par définition. La notion de prolétaire est centralisatrice.

La suite de la conversation était plus intéressante car plus ancrée dans le réel. L’intellectuel analysait le monde contemporain en penseur. Il sait faire. Son écoute est enrichissante. D’abord, il a mentionné le crime contre Sarah Halimi torturée puis défenestrée par son voisin au cri d’Allah Akbar. (Pendant deux mois, la presse a refusé d’y voir un acte antisémite préférant faire croire à l’acte d’un fou pour ne pas avoir à en parler. Le refus de souligner l’antisémitisme de l’islam pour ne pas avoir à condamner cette religion est toujours aussi lâche et odieux.)

Ensuite Michel Onfray en est venu au cas Macron, « maastrichien mécaniquement élu ». La parousie qui est un terme biblique utilisé par les chrétiens pour désigner la seconde venue du Christ sur la Terre, la première étant sa naissance, correspond pour MIchel Onfray aux législatives. Il dénonce la ridicule mise en scène médiatique dans laquelle notre nouveau président écrase tout le monde de Trump à Poutine. La propagande est montée parfaitement. Alors qu’Emmanuel Macron reçoit Stéphane Bern et les frères Bogdanov, la presse fait de lui un intellectuel lié à Paul Ricœur, philosophe mort en 2005 qui ne risque pas de démentir et à Etienne Balibar, philosophe en vie qui lui a démenti! Michel Onfray dénonce aussi l’ultimatum sous forme de menace lancé par Emmanuel Macron aux électeurs des législatives qui auraient le choix entre l’action et l’impuissance. Moi ou le chaos, en fait! Aucune place pour la subtilité. (message simple pour bien imprégner!). Les jeux sont faits pour Michel Onfray dans une mascarade démocratique et il refuse d’aller voter. Michel Onfray propose que les élections législatives soient à la proportionnelle intégrale et aient lieu le même jour que les présidentielles.

Pour conclure, on s’étonnera de constater que si le philosophe fait vendre les revues où il est mis en couverture (+ 30%), son discours n’imprime pas, n’entre pas dans la tête des français qui continuent à voter comme on leur dit de voter…

Frédéric Le Quer