Le meuble Napoléon III

Par Mercredi 3 septembre 2014 Permalink 17

Eclectisme est le maître mot du style Napoléon III. Sa principale caractéristique est justement de ne pas en avoir. Alfred de Musset dans sa Confession d’un enfant du siècle relève: « nous avons de tous les siècles, hors du nôtre, chose qui n’a jamais été vue à une autre époque; l’éclectisme est notre goût; nous prenons tout ce que nous trouvons, ceci pour sa beauté, cela pour sa commodité, telle autre chose pour son antiquité »…

Une société en pleine mutation industrielle va chercher dans les styles du passé un confort rassurant et aussi des signes d’appartenance sociale à une certaine élite. De la richesse ostentatoire à la banalité, des matériaux rares et précieux à ceux fabriqués en grande série, le style Napoléon III est celui des contrastes. Classe ouvrière, classe moyenne, haute bourgeoisie se côtoient avec l’essor du commerce et les progrès de l’industrie. Du coup des fabrications pour toutes les bourses font la fierté de l’époque: ébène ou poirier noirci, argent ou métal argenté, bronze ou zinc, marbre ou plâtre, soierie ou papier! On réinvente le passé, on s’identifie aux aristocrates de l’Ancien Régime. Un rapport de l’exposition universelle de 1855 loue l’ébénisterie « de prendre son bien partout où elle le trouve, de faire profit de toutes les idées acquises, de toutes les formes connues et de les grouper harmonieusement ».

« Partout » c’est l’influence du Moyen-Age, de la Renaissance, des styles du XVIIe et XVIIIe siècles avec en point d’orgue ce qu’on nomme le « Louis XVI impératrice » dû au culte que porte  Joséphine à Marie-Antoinette.L’Angleterre victorienne qui reprend elle aussi les styles du passé n’est pas non plus ignorée. Cette mode du plagiat, qui malgré tout dénote de profondes connaissances historiques, est critiquée par certains qualifiée d' »imitation acharnée », moquée par d’autres demandant  » aux tailleurs de copier les habits du passé » ou encore simplement regrettée car des conditions nouvelles apportées par l’industrie auraient pu naître  » un art rajeuni et des formes inédites ».

Toutefois des meubles et des sièges en bois laqué ornés de fleurs polychromes sont des créations originales de l’époque. Des formes dix huitième certes mais le charme romantique est leur apanage. Les meubles Boulle sont bien dans l’esprit du temps et leur décor parfois chargé ou même confus ou leur médaillon ovale sur la porte les empêche d’ être confondu avec des meubles d’époque Louis XIV. Les finitions impeccables se vendent tout de même des dizaines de milliers d’euros.

Des copies très (trop?) appliquées  de meubles de grands ébénistes du XVIIIe siècle comme Oeben, Riesener, Leleu, Carlin, Weisweiler sont effectuées par d’autres ébénistes de cette époque comme Beurdeley, Dasson, Linke, Zwiener. Un temps boudées elles s’arrachent aujourd’hui en salle de vente à des prix très, très élevés (voir article:  le bureau du XVIIe au XVIIIe siècle).

En fin de compte, à force d’amalgamer des styles anciens, les ébénistes de l’époque Napoléon III finissent par réaliser des oeuvres parfaitement reconnaissables. On se trouve en présence de meubles qui de toute évidence n’ont pu voir le jour dans des temps plus anciens. Ni parodie, ni caricature ils remplissent un devoir de mémoire et rendent hommage à une culture parfaitement assimilée tout en conservant une singularité parfaitement identifiable.

Frédéric Le Quer


 

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