Mario Draghi obtient un délai

Par Vendredi 23 janvier 2015 Permalink 28

Le Süddeutsche Zeitung, compare aujourd’hui Mario Draghi à Alan Greenspan, non pas à celui du temps de sa splendeur quand la presse ou le congrès des Etats Unis lui faisaient une standing ovation quand il entrait dans une salle, mais celui d’après, vieilli, repentant et avouant ses multiples bévues ayant abouti à l’hypertrophie du système financier.

Car c’est bien dans les pas de la politique monétaire américaine que le président de la BCE met les siens avec force, vigueur, jusqu’au boutisme. Les soixante milliards d’euros par mois injectés sont considérables. Mais au lieu d’une victoire dans la construction européenne, il s’agissait hier d’acter un échec retentissant, qui fera date, et qui constitue sans doute les prémices de la dislocation de la zone €.

Le refus d’Angela Merkel de mutualiser d’éventuelles pertes dans le cas de restructuration de dette oblige chaque pays à devoir prendre ses risques à hauteur de 80% des montants prêtés. C’est beaucoup. C’est même trop dans le cadre d’une orientation fédéraliste de l’Europe, la seule capable de justifier l’acharnement mis à conserver la monnaie unique, non sens économique. Cette reculade politique aboutira au mieux à un espace monétaire à géométrie variable, désiré plus que jamais par l’Allemagne, au pire à un retour du chacun pour soi.

Mieux, pire… Ces adverbes ne veulent d’ailleurs rien dire car ce qui représente le pire pour l’avenir de l’Union Européenne est sans doute devenu le meilleur pour les citoyens! L’Europe, espérance populaire au départ, se constitue dorénavant contre le bien être de ses ressortissants. Quand Angela Merkel menace la France ou l’Italie en cas d’absence de réformes structurelles, Mario Draghi tente alors de composer, d’aplanir les angles, de jouer au plus fin!

Aidé par les américains, il a réussi cette fois encore à retarder l’échéance. Le taper de Janet Yellen n’est jouable qu’à la condition d’être épaulé par le QE de Mario Draghi. C’est ce qui a donc été accompli pendant qu’on tordait le bras de Jens Weidman! Encore quelques mois, Monsieur le bourreau! C’est ce qu’a obtenu la zone € de la part de la chancelière qui se tait, attendant son heure. A partir de maintenant, l’Allemagne décidera de la date des obsèques d’une idée prometteuse, celle d’un continent uni après s’être déchiré des siècles durant, mais qui se termine en gabegie.

Frédéric Le Quer

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