Mario Draghi sur les pas de Shinzo Abé?

Par Jeudi 4 septembre 2014 Permalink 16

La politique d’injection de liquidité bat son plein au Japon comme en Europe. Les résultats mitigés nippons n’empêchent pas la BCE de passer la surmultipliée. Toute deux s’attendent à une accélération de l’économie qui prouverait le bien fondé de leurs actions.

En effet les signes de ralentissement se multiplient dans l’archipel. Investissement résidentielle, production industrielle molle, dépense des ménages en chute en juillet augurent mal d’un rebond spectaculaire après la contraction du deuxième trimestre. Il n’en demeure pas moins que la BOJ se veut optimiste et voit une reprise modérée. Il semble pourtant qu’il lui sera de plus en plus difficile d’atteindre son objectif d’inflation de 2%.

Dans l’atonie de la zone €, Mario Draghi emprunte le bazooka de Shinzo Abé le premier ministre du Japon. La BCE abaisse son taux de dépôt à -0,2% et son principal taux directeur de 0,15% à 0,05%. Mais surtout La BCE « va acheter un large portefeuille de titres adossés à des titres de créances (ABS) » ainsi qu’« un large portefeuille d’obligations sécurisées libellées en euro et émises par des institutions financières de la zone euro ». Autant dire que les taux obligataires souverains ne sont pas près de remonter. Heureusement car les prévisions de croissance sont revus à la baisse en zone € à 0,9% pour 2014 et 1,6% pour 2015 (pourquoi pas?…) . Pour arranger les calculs on les a augmentées pour 2016, ça n’engage à rien…

Le résultat « étiolé » de la croissance au 2e trimestre inquiète. La politique monétaire plus accommodante est mise en place pour appuyer les prêts à l’économie réelle (tous les prêts sauf ceux à l’industrie financière) malgré le refus de certains gouverneurs (supposons l’allemand, le finlandais, l’autrichien…) de cet assouplissement quantitatif. Divergences sans contradictions, analyse Mario Draghi, on se coirait au siège du Parti Socialiste Français!  

Sans croissance, pas d’inflation et la politique monétaire ne peut pas tout. Le président de la BCE propose que les réformes structurelles théoriquement à la charge des gouvernements soient effectuées dans « un cadre commun ». Il ajoute sans se cacher que de toute façon leur souveraineté dans les faits n’existe pas.  Les nations apprécieront: le cynisme y gagne ce que l’hypocrisie y perd! Et puis Mario Draghi doit craindre une faiblesse de François Hollande sur le pacte de compétitivité… Reconnaissons que l’homme n’est pas sûr!

L’Allemagne plie mais ne rompt pas. Elle continue d’asseoir doucement sa domination sur l’Europe montrant sa bonne volonté en laissant faire la Banque Centrale Européenne sur la politique monétaire et fait ainsi plaisir aux américains tout en étant en sous-main de plus en plus ferme sur les transferts de souveraineté. Un jeu de rôle entre la Bundesbank et la BCE voit le jour. Et la France par la faiblesse de ses dirigeants a un poids négligeable dans cette partie à l’échelle continentale. C’est de plus en plus lamentable pour le pays!

Frédéric Le Quer


 

 

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