Marée montante vient de sortir

Par Lundi 9 mai 2016 Permalink 1

Marée montante vient de sortir. Je vous propose un nouvel extrait:

— Comment était la mer ?

— Terrible. C’était il y a huit jours. Un petit coefficient de marée. Un temps qui semblait s’accroché au beau fixe. Mais au loin, à l’ouest, vers quatre ou cinq heures de l’après-midi, je vis une barrière de nuage formant une ligne droite, telle l’avant-garde d’une armée en campagne qui se rapprochait du bateau, comme pour un assaut tourné contre moi. Devant elle le ciel était bleu, derrière un gris tendant sur le noir qui présageait du bon coup de vent à venir. Et je ne fus pas déçu ! Une heure après, ça a soufflé comme jamais j’avais encore vu. Au creux de la vague, mon mat dépassait à peine le haut de celle-ci. Les rafales phénoménales aplatissaient parfois la mer, la laissant calme un instant, comme stupéfaite de cette violence et c’est là que j’avais le plus peur. Loin d’être des périodes de répit, je les redoutais plus que tout. Car après sa surprise, comme par rébellion, elle se soulevait irrémédiablement en une houle terrifiante grondant violemment contre le navire qui heureusement pour moi resta stoïque. Le cockpit se remplissait d’eau à ras bord régulièrement, j’étais trempé.

La narration captait leur attention.

— Tu n’étais pas dans ta cabine? Demanda David impressionné.

— Le pilote automatique s’est tout de suite déréglé. Je tenais la barre, tu sais c’est une barre franche sur mon bateau, des deux mains tellement elle était dure. J’avançais à plus de dix nœuds avec seulement une grand voile où j’avais pris autant de ris que possible!

— Combien de temps cela a-t-il duré ?

— Jusqu’au lendemain vers quatre ou cinq heures. Si j’avais cassé, j’aurais disparu en mer cette nuit là !

— Et après ? Demanda Lise, aussi fascinée par le récit.

— Après, le soleil s’est levé, le vent est resté fort mais pas autant, le ciel se dégageait et laissait place à de petits cumulus. J’ai même hissé un petit foc.

— C’était fini, alors ! S’exclama Lise

— Non, pas exactement. Le plus merveilleux était à venir. On aurait dit que ce calme relatif avait réveillé la nature… Je sentais que la vie marine reprenait après s’être tapie dans les profondeurs de la mer. Cinq dauphins arrivés de nulle part se sont d’abord mis à me suivre, à me dépasser, à sauter autour du bateau. Ils avaient l’air heureux de me rencontrer. Alors ils sont restés, pas très longtemps mais leur présence m’a fait du bien. Et puis quelques heures après, c’est un ban de thons que j’ai traversé. Ils sautaient partout en faisant des vrilles. Ils étaient excités par le retour du soleil, énervés comme des enfants à qui on promet une distraction qu’ils adorent. Il y en avait des dizaines… Oui la nature marine s’éveillait après la tempête… et les poissons se réjouissaient !

— Des poissons qui se réjouissent, dit David, tu y vas un peu fort !

— Non, c’était ça, répondit Jules en réfléchissant à ce qu’il allait tenter d’expliquer. Ils fêtaient la liberté revenue, celle d’aller où bon leur semblait après avoir été brimés par les éléments déchainés.

— Comme nous, un jour, dit Lise.