Marché de l’art

Par Mercredi 12 août 2015 Permalink 22

Le site artmarket.com vient de publier un très intéressant rapport du groupe Artprice faisant un bilan sur le marché de l’art à l’échelle mondiale pour le premier semestre 2015. New-York et Londres restent les places phares qui se développent le plus. La Chine devient adulte. Paris sombre.

Si le chiffre d’affaire du marché aux USA enregistre une croissance de 20%, les volumes en revanche ont stagné. « 46 lots furent couronnés par des enchères supérieures à dix millions de dollars ». La place londonienne quant à elle, réalise encore une croissance du chiffre d’affaire de 6% après avoir fait +35% en 2014! Ces places et leurs sociétés de vente, Sotheby’s, Christie’s pour ne citer que les deux grandes, se livrent une concurrence acharnée les poussant à garantir au vendeur la vente quoiqu’il arrive de leur œuvre d’art à un prix minimum établi à l’avance. Si l’objet n’atteint pas le chiffre fixé, la maison règle la différence au vendeur. Par exemple, le Picasso,  « les femmes d’Alger », ayant battu un record mondial au printemps était garanti pour 140 millions de $. Dans ce cas tout se passa bien car il fit 179,36 millions chez Christie’s à New York. Mais ce genre d’action commerciale compliqué souvent par une financiarisation extrême peut se révéler très coûteux et il semblerait que les gains de ces grandes maisons sont loin d’être mirobolants.

La Chine a donc perdu sa première place mondiale. Après 240% de hausse en cinq ans, le marché a un peu reculé suite à des mesures anti corruption nécessaires, au dégonflement de la folle spéculation sur les artistes contemporains asiatiques et sans doute aussi au ralentissement de l’économie chinoise.

Quant à notre marché de l’art français, sa mauvaise santé tend à devenir chronique. Ce n’est pourtant pas faute de l’extraordinaire réserve d’œuvres exceptionnelles encore dans le pays. Si cet atout se heurte en partie aux conditions fiscales moins favorables que dans les pays anglo-saxons, l’odeur de naphtaline se dégageant de certaines sociétés de vente volontaire à Drouot n’y est certainement pas étrangère même s’il faut reconnaître avec plaisir que les locaux transformés sont de plus en plus accueillants. Entre 40 et 50% de la valeur totale d’un objet sont maintenant récupérés par les SVV sous le motif de commissions diverses pour compenser leur baisse de CA. Cette vue courtermiste n’enraye pas le déclin incontestable et les maisons de vente ne se remettent ni de la crise des subprime, ni du scandale concernant le vol en bande organisée d’objets mis en vente à Drouot.  Des commissionnaires et des commissaires priseurs sont désormais inculpés et le procès dira dans quelques mois s’ils sont coupables… Et puis il y a la scène contemporaine française qui a du mal à se faire connaître à l’internationale.

Cependant au niveau mondial la croissance, bien qu’inégale, est très forte actuellement, évidemment portée par la création monétaire des grandes banques centrales profitant aux plus riches mais aussi par la vigueur de ce qu’on appelle maintenant l’industrie muséale à l’affût de biens mobiliers à exposer. 1% des transactions font 44% du chiffre d’affaire à l’échelle planétaire, toujours ce très haut de gamme s’adressant à quelques uns… Quant à l’importance de la spéculation, il semble difficile de la négliger, tant il est indéniable que quand il est mis sur la table des sommes faramineuses, l’espoir de gains futurs est forcément un paramètre essentiel.

Frédéric Le Quer