La majorité perdue

Par Mercredi 18 février 2015 Permalink 21

A l’inverse des belles journées de la IVe république, le psychodrame d’hier au sujet de la loi Macron n’aura aucune conséquence institutionnelle. De Gaulle est passé par là; en s’inspirant de la constitution allemande, l’article 49-3 impose obligatoirement d’avoir une autre majorité basée sur une proposition alternative pour faire chuter un gouvernement. Dans le cas contraire la loi est acceptée.

Et d’autre majorité il n’y en a point. Aucune majorité dans le pays ou à l’Assemblée Nationale n’existe d’ailleurs derrière le président de la république pour réaliser un quelconque programme politique. Nicolas Dupont Aignan et Marine Le Pen ont beau jeu de le constater et cette dernière de demander un retour aux urnes que tout justifie. La crise économique, la crise identitaire, les sondages de popularité du chef de l’état, l’absence de soutien parlementaire devraient représenter un flot torrentiel emportant tout dirigeant sur son passage. Mais là, rien!

Tout a commencé avec la réforme sur le mariage et la filiation qui a été perçue comme une violence faite aux familles. Après ce coup de force, le président avait déjà tout donné! Ses capacités réformatrices s’étaient épuisées à l’aulne d’une question subsidiaire qui au départ n’effleurait quasiment personne! L’essentiel n’est jamais venu, alors l’ersatz de nouveauté que constitue la loi Macron devient un Himalaya à franchir.

« Le déni de démocratie », comme François Hollande qualifiait la décision d’utiliser le fameux article en 2006, est totale. « La brutalité » envers des citoyens français dont l’opinion est considérée comme une valeur négligeable, est le reflet d’une attitude bornée tel l’enfant entêté qui ne veut pas lâcher son jouet. « L’empêchement du débat parlementaire » n’est alors plus qu’une anecdote, une simple péripétie devant l’autisme, le mot est à la mode, dont fait preuve l’exécutif.

En deux ans et demi, le président a perdu sa légitimité. Si la constitution lui accorde encore le droit de rester à sa place, la compréhension du peuple français, l’intelligence du moment devraient lui inspirer l’élégance de remettre en jeu son mandat directement ou par référendum. Les nations, prises systématiquement à rebrousse poil par des choix politiques inefficaces aux résultats contre-productifs, finissent toujours par se soulever lorsque la désolation traverse le pays.

Frédéric Le Quer