Loi El Khomri ou la possibilité d’une île

Par Mardi 31 mai 2016 Permalink 3

Le gouvernement n’avoue jamais que la loi El Khomri est d’abord voulue par l’Union Européenne. La CGT et les autres syndicats contestataires n’envisagent jamais en public le pourquoi de cette loi et se focalisent sur les conséquences. Les médias tergiversent et, la plupart du temps, renoncent à mettre la réforme El Khomri en perspective avec l’Union Européenne.

Bruxelles est le grand tabou de la crise sociale traversée par la France. L’époque où tout était sa faute est révolue. Les peuples européens redeviennent patriotes et il n’est plus question de verser de l’eau à leur moulin. Alors l’UE reste dans l’ombre et actionne les fils des pantins qui nous servent de politiciens. Seulement, avec la France, elle s’y prend trop tard, beaucoup trop tard. Un gouvernement particulièrement faible en fin de mandature se retrouve incapable de réformer quoique ce soit. François Hollande a déclaré le couteau sous la gorge qu’il réformerait jusqu’au bout parce qu’après n’avoir quasiment rien fait pendant quatre années, la dramatique situation du pays a alerté les étrangers partout en Europe et dans le monde. Malgré notre affligeante régression, la France est un danger systémique. La situation de sa dette ne cesse de se dégrader et n’est possible qu’avec l’euromark. Aucune lueur en perspective ne vient enjoliver le tableau. Les dirigeants dévoyés sont honnis par la population. Plus rien de ce qui vient d’eux ne peut être accepté. Alors on rameute même de lointaines organisations internationales pour ridiculement encenser un président de la république méprisable. Nos alliés ont peur de la révolution française.

Mais ils ne peuvent toutefois pas laisser un pays ancré dans la mondialisation continuer à faire n’importe quoi. Vis à vis de leur opinion publique, cela finirait par se voir! Alors malgré un moment bien mal choisi, le locataire de la rue du faubourg St Honoré, plus apte à jeter sa gourme qu’à jouer les chefs d’état, se retrouve véritablement obliger de travailler. Et il le fait mal, sans préparation, sans explication, sans pédagogie. Et la perte d’autorité de son gouvernement sans majorité s’accentue. Essayer de faire passer une telle réforme par un second couteau comme El Khomri dénotait déjà en soi un important laisser-aller! Avec une loi qui évidemment ajoutera de la précarité aux classes moyennes, pire la paupérisera parce que c’est le but, il s’agissait d’être sérieux.

Quoiqu’on nous explique, cette réforme n’est pas le problème de la CGT, mais celui de tous les citoyens. La France est à un carrefour: entrer définitivement dans la mondialisation et voir une partie de sa population avoir le niveau de vie de petits pays du tiers monde, comme on disait, ou la refuser telle qu’elle est conçue et représenter ainsi « la possibilité d’une île » sur la planète.

Frédéric Le Quer