L’intangibilité des frontières

Par Jeudi 20 novembre 2014 Permalink 52

L’intangibilité des frontières est dorénavant préférée à la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Toute tentative d’une population européenne de faire sécession avec l’état centrale est considérée comme une rébellion et à ce titre sera réprimée.

Seuls les britanniques, inventeurs de la démocratie occidentale ont toléré la mise aux voix de l’indépendance de l’Ecosse. Et ils ont frémi. Et ils ont paniqué vers la fin de la campagne électorale. Alors le gouvernement de Londres a fait jouer tous les médias de Grande-Bretagne et d’Europe continentale pour qu’ils serinent la bonne parole, qu’ils supplient, qu’ils menacent… Et le peuple écossais a cédé, pris de peur devant sa propre audace. Il a été lâche mais lui a eu sa chance.

Les autres régions de l’Union Européenne ne bénéficieront pas de cette opportunité, porte ouverte à toutes les revendications risquant d’aller à l’encontre du monde tel qu’on veut qu’il devienne. Elles devront se soumettre, les citoyens devront se taire en Catalogne, au Pays Basque, en Corse, en Flandre et partout ailleurs…

En Crimée le peuple a voté unanimement ou presque. Catégoriquement il a rejeté le pouvoir de Kiev et préféré celui de la Russie éternelle, celui du monde slave. Pour qui connait la Crimée ce n’est pas une surprise. Le peuple a disposé de lui-même et il a, au regard des occidentaux, mal choisi. Alors l’élection est décrédibilisée. La mauvaise foi de ses opposants est sans limite, odieuse, antidémocratique.

Le sens des frontières est ambigu. Leur porosité semble nier leur utilité mais cette porosité quelque soit le sujet est la raison de leur intangibilité. Elles sont les garantes de la continuité de la mondialisation. On ne pourrait pas faire confiance à de nouvelles frontières qui risquerait d’y circonscrire un peuple libre.

Dorénavant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un abus, un acte révolutionnaire dangereux, une remise en cause fondamentale du pouvoir et des caciques. Les frontières se doivent d’etre intangibles. Les frontières ne votent pas, les frontières ne se plaignent pas, les frontières ne se révoltent pas. Avec un peuple, sait-on jamais?

Frédéric Le Quer