L’instruction publique

Par Jeudi 21 mai 2015 Permalink 21

L’instruction publique n’est plus un but. Elle est devenue un moyen, elle est l’outil d’un dessein qui se découvre avec les avancées de la mondialisation. Si, de tout temps, le savoir des masses fut relatif à leur lieu de naissance et d’habitation, il cherche maintenant à devenir transfrontalier, univoque, uniformisé afin d’arriver à cet individu apatride vers lequel l’occident souhaite tendre.

L’instruction publique n’est donc plus une fin en soi. Son rôle n’est plus de fabriquer un être pensant donc libre de ses choix, autonome, intelligent. Sa tache principale est dorénavant d’intégrer, d’assimiler si possible afin de rendre l’individu potentiellement productif, potentiellement consommateur, partout où il se trouve. Chaque culture doit donc faire des efforts pour s’adapter aux autres. A chaque culture est demandée de faire un bout de chemin pour être conciliable avec les autres afin au final de réécrire, d’inventer une histoire universelle qui gomme les particularismes, qui efface les divergences, qui lisse les aspérités.

L’instruction publique ne se soucie pas de véracité. Elle hait la narration ethnocentrée, invente des relations imaginaires entre les peuples pour démontrer la fatuité du fait national, le rejetant même. Alors, avec un aplomb qui n’a d’égal que la grosseur de l’embrouille, elle emploie le terme de roman national pour dénigrer l’idée qu’une culture propre a forgé un peuple. La manipulation de la jeunesse est l’axe essentiel par lequel le totalitarisme s’implante. En lui inculquant des notions disparates, sans profondeur, niant la discipline dès le début de l’apprentissage pour mieux faire valoir que tout est dans tout avant l’étape suivante qui sera de faire croire ignominieusement que tout se vaut, l’instruction publique façonne un individu perdu, déraciné, incapable de faire jaillir l’essentiel du superflu.

En voulant ôter les moyens de la réflexion, en supprimant toute grammaire, au sens large, autorisant un raisonnement critique donc éventuellement déviant et dangereux selon les critères mondialisants imposés, l’instruction publique fabrique des esclaves qui se contenteront de quelques miettes pour rester tranquilles. En déniant au citoyen un passé, elle l’abandonne dans le présent, l’instantanéité, l’empêchant ainsi de se projeter vers des lendemains porteurs d’une espérance devenue par manque de capacités intellectuelles même pas envisageable.

Frédéric Le Quer