L’instituteur d’Aubervilliers

Par Mardi 15 décembre 2015 Permalink 7

C’est la trouille au ventre que devait aller dans sa classe l’instituteur d’Aubervilliers. Et le dimanche soir, avec cette idée effrayante de recommencer le lundi, était devenu invivable tant l’angoisse l’étreignait. Depuis 20 ans il avait vu changer cette école qui, quand il a commencé, était encore un exemple de mixité sociale. La ville communiste a toujours brassé des populations venues de partout, mais elle les brassait avec celle qui représentait la France en permettant ainsi d’assimiler les nouvelles. Et puis au début des années 2000, totalement submergés par l’immigration musulmane, les français, les portugais, les espagnols qui restaient sont définitivement partis. Alors, les élèves sont maintenant tous noirs ou arabes. Plus question d’assimilation, ni même d’intégration. L’instituteur se demande ce qu’il va bien pouvoir leur raconter toute la journée sans risquer de choquer leur culture que les enfants portent déjà tout petit en étendard. Parce que le soir ou le lendemain ce sont les grands frères qui viendront le menacer si son enseignement ne leur convient pas. Pourtant le maître continue, s’implique dans la vie de l’école, ignore sa dépression et tente d’oublier sa peur. Mais depuis quelques temps il sait sa profession directement menacée, il sait que n’importe lequel de ces gens qui viennent devant la grille d’entrée de l’école pourraient être un tenant de l’islam radical, un terroriste en puissance. Il commence à dérailler. Il a honte de sa terreur. Dans sa folie, il imagine une fausse agression après un weekend pire que les autres. Il la scénarise et va jusqu’à s’automutiler. On va le plaindre, espère-t-il, on va le comprendre, on lui permettra de ne plus revenir. Il partira ainsi la tête haute, victime de son devoir. L’instituteur d’Aubervilliers n’en peut plus.

C’est tout le malaise enseignant qui se trouve dans cette histoire. Le courage d’aller faire cours tous les matins. La lâcheté de souhaiter un événement fortuit qui stoppera tout. Un travail ressenti comme inutile. Une mésestime de soi parce qu’u’on ne connait rien d’autre. Le sentiment profond d’être impuissant devant la société qui se transforme alors qu’on a en charge théoriquement l’avenir du pays. Et maintenant se voir directement menacer par un islam qui ne supporte pas l’instruction des masses.

Comme ce n’est plus une question d’heures de travail, ni même une question de salaire, ces fonctionnaires votent pour Marine Le Pen dans l’espoir de voir la société française quitter enfin la voie mortifère qu’elle emprunte. Les enseignants sont le symbole d’une France malade que les élites regardent faussement compatissantes. Leur cri de détresse actuel est le chant du cygne de notre pauvre pays.

Frédéric Le Quer

Ps: photo en une, Adriaen van Ostade, le maître d’école, 1662