L’INSEE égal à lui-même

Par Samedi 18 juin 2016 Permalink 1

Les bons chiffres de l’INSEE vont opportunément dans le sens souhaité par le pouvoir. La croissance serait donc au rendez-vous et la courbe du chomage serait inversée d’ici la fin de l’année. C’est fantastique à moins que ce ne soit trop beau pour être honnête.

Bien sûr, la presse relaie sans sourciller les chiffres d’un institut dont la proximité avec le pouvoir n’est plus à démontrer. On ne peut même pas dire qu’il soit de gauche ou de droite, mais simplement il s’applique, autant que possible, à fournir des statistiques allant de le sens souhaité par l’exécutif. L’institut fait de la politique. C’est le cas quand l’INSEE parle de la démographie française, arrangeant les choses pour calmer les tensions sociales. C’est aussi le cas quand il sort ses rapports prospectifs sur l’économie. Cette attitude est évidemment ennuyeuse car à force de maquiller la réalité, le décalage entre ce que vit la population, et ce qu’on veut lui faire ressentir, est de plus en plus grand. Son exaspération devient comme actuellement insurrectionnelle.

Si l’objectif principal de l’INSEE est d’éclairer, comme il le dit, le débat économique et social, force est de constater qu’il oriente la lumière. Concernant les comptes nationaux, par exemple, mais le subterfuge est aussi vrai pour le recensement de population, les chiffres de croissance trimestrielle sont révisés encore des années après qu’ils soient sortis. Trois ans plus tard sans doute sont-ils assez justes mais alors tout le monde s’en moque, c’est du passé, c’est regarder dans le rétroviseur. Alors oser faire ainsi des pronostics aussi précis pour dans un an a un aspect foutage de gueule que seuls nos médias refusent d’admettre.

Mais il fallait illustrer « scientifiquement » le « ça va mieux » présidentiel pour continuer à faire prendre des vessies pour des lanternes. Donc le fidèle INSEE s’y est collé, les experts aux petits pieds ont relayé, le gouvernement s’est extasié. « L’optimisme c’est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal », écrivait Votaire. La rage, « besoin irrésistible de quelque chose » dit le Larousse, ce quelque chose, c’est la rage de l’exécutif de s’accrocher à un pouvoir dont il n’est pas digne.

Frédéric Le Quer