L’information, les détails, le global

Par Mercredi 15 avril 2015 Permalink 21

Le souci du détail tue l’information. Quelque soit le domaine, quelque soit le médium, une avalanche d’éléments secondaires est présentée comme le summum du travail journalistique. Passivement, le citoyen écoute une accumulation de broutilles semblant l’éclairer mais le laissant dans une nébuleuse dont l’essentiel ne ressort pas.

La vision globale qu’aurait un citoyen averti du monde et des événements s’y déroulant, est fondamentalement dangereuse surtout quand celui-ci ne fait pas partie du petit club des gens qui ont le droit de savoir. La complexité du monde moderne est l’excuse la plus souvent employée pour éviter d’entrer dans l’analyse fondamentale. Du coup, les reportages politiques ou économiques sont traités comme ceux concernant une compétition sportive. Si pour cette dernière, la description suffit la plupart du temps, lorsqu’on s’adresse à l’intelligence elle devient inefficiente et même son abondance est contre productive.

Tout cela est naturellement fait exprès et les exemples sont multiples. Au Japon, au moment du tsunami, le spectateur était transformé en potentiel spécialiste de physique nucléaire; abreuvé d’explications fumeuses, les conséquences pour la santé publique ou l’écologie à quelques décennies étaient passés à l’as. Autre exemple, les relations géostratégiques des derniers mois laissent apparaître aux français qu’il est moins risqué de vendre des avions Rafale à l’Egypte que de livrer deux Mistral à la Russie; comprenne qui veut, le parallèle n’a jamais été traité! Dernier exemple, ce matin sur BFM Business trois intervenants ont réussi l’exploit de traiter pendant dix minutes le sujet des taux souverains négatifs sans à aucun moment tenter de s’intéresser au pourquoi (pourquoi des gens préfèrent-ils mettre leur argent dans un actif qui leur promet de leur en faire perdre? Parce qu’ils pensent en perdre moins qu’ailleurs, réponse subversive s’il en est…) mais en s’esbaudissant sur l’intérêt qu’aura la France dans six mois à être surendettée.

L’information se noie dans des faits rendus plus ou moins malhonnêtement pour mieux désinformer. C’est un totalitarisme subtil qui n’a pas besoin d’imposer une idéologie obligatoire car il sclérose toute réflexion globale, lui-même évitant bien de dévoiler la sienne. La Russie soviétique avec sa Pravda était un enfant de chœur. L’heure est à la logorrhée verbale qui abrutit pour mieux asservir.

Frédéric Le Quer