L’information en continu

Par Vendredi 17 juillet 2015 Permalink 16

L’information en continu à la télévision, bien consciente de son business model, tente par tous les moyens d’adoucir le caractère anxiogène de ce qu’elle se voit bien obligée d’annoncer. Mais le concept est non seulement particulièrement juteux mais aussi un outil de propagande néolibérale d’une extrême efficacité. Aussi l’essentiel n’est plus tant ce que l’on raconte que la façon dont le téléspectateur le perçoit.

Alors sont créés des couples mixtes de journalistes lisant des dépêches ou servant à mettre en valeur l’éditorial journalier d’un analyste politique, économique, sportif, du monde du cinéma… Leurs rôles respectifs sont immuables comme ceux du clown blanc et de l’auguste! Tirés à quatre épingles, « habillés par Cardin et chaussés par Carvil », assis sur de beaux sièges design devant une grande table en bois noble, un manche à balais dans le … après les longues heures qu’on devine passées en salle de gym, ils se partagent la lecture d’un paragraphe chacun. La femme rit systématiquement avant de prendre la parole ou après pendant que son collègue, un homme, la regarde mi sérieux, mi admiratif en gloussant doucement parallèlement à la jovialité de sa partenaire. Ces acteurs moyens en rajoutent souvent, en font même parfois des tonnes pris à leur propre jeu, oublieux du sujet traité mais toujours très concentrés sur leur cabotinage. Ils appellent ça leur image, ça pourrait s’appeler leur cirque, un cirque bien aseptisé pour fabriquer une fausse réalité.

Lorsqu’un sujet est plus développé à cause de sa prégnante actualité, une phrase code, récurrente revient systématiquement pour le clore: « Voilà ce que nous pouvions dire. » Pouvoir, mais dans quel sens? Voilà ce que nous avions le droit de dire. Voilà ce que nous osions dire. Voilà ce que vous avez l’autorisation de savoir. Ce que vous pourrez entendre ailleurs n’a pas d’intérêt. Ce que vous entendrez ailleurs est faux. Seul notre analyse est pertinente. L’analyse des autres n’est que pure conjecture. Ou alors plus humblement, nous, c’est tout ce qu’on sait… La dernière possibilité n’est évidemment pas la bonne! Quant aux autres leur caractère totalitaire, stalinien laisse un gout amer, désagréable. La contradiction n’est pas de mise dans ce monde où l’information se veut plus romanesque que réelle! Elle se reçoit sans chichi, l’auditeur est un homme simple et doit surtout le rester!

Ces chaines sont le reflet de notre société où propagande et absence de profondeur s’entremêlent dans un mouvement dialectique qui mène volontairement au néant plutôt qu’à la connaissance. Brouiller le savoir devient l’objectif comme dans l’éducation nationale d’ailleurs, pour contrôler les masses en les submergeant d’informations dans lesquelles tout tri, tout classement sont subversifs. Mais pour le citoyen le choc devient pénible quand il se frotte à la vraie vie!

Frédéric Le Quer