L’impressionnisme turc

Par Samedi 29 octobre 2016 Permalink 1

Il est des pays chez lesquels le patriotisme est une seconde nature et se porte sur toute chose. La Turquie hier à Drouot en a fait la preuve à propos de l’oeuvre en une, d’un de ses ressortissants, le peintre İbrahim Çallı, éminent représentant de l’impressionnisme turc, qui vécut en France de 1910 à 1914, date à laquelle il rentra dans son pays pour le commencement de la première guerre mondiale.

L’impressionnisme attira le monde turc dès son commencement bien avant que ses enfants ne viennent en France s’en inspirer directement. Les turcs dès la fin du XIXe siècle venaient déjà acheter à Paris de nombreux tableaux impressionnistes au point que le premier journal satirique au monde, « Le charivari », guère enthousiaste sur cette nouvelle manière, s’était demandé dans les années 1880 s’il ne s’agissait pas pour eux d’épouvanter l’ennemi!

L’impressionnisme turc n’est pas aussi connu que l’américain, n’a pas sa Mary Cassat en figure de proue. Néanmoins influencés par la peinture française, de nombreux artistes ottomans firent le voyage vers Paris, capitale des arts incontournables à l’époque, pour mieux s’imprégner des nouvelles techniques picturales. Saisir l’éphémère, le phénomène atmosphérique qui dure quelques instants aussi bien dû à la nature qu’à la pollution industrielle, grâce à des touches aussi inattendues qu’évidentes une fois posées sur la toile, était leur but. Ils l’atteignirent. Le Bosphore était d’ailleurs un sujet idéal! Regroupés au sein de l’Association des peintres ottomans, Ibrahim Çallı, Hikmet Onat, Namık Ismail, Avni Lifij et Feyhamam Duran, soit la génération 1914, comme ils sont appelés, auront une influence primordiale en éduquant à l’académie des Beaux-Arts leurs cadets de la période républicaine sous Mustafa Kemal Atatürk.

Hier l’impressionnisme turc a brillé de mille feu dans la vente organisée par Drouot Estimation. Après une féroce bataille d’enchères entre un téléphone (on comprenait qu’à l’autre bout du fil était un acheteur de Turquie) et la salle (il s’agissait aussi probablement de turcs) le tableau dépassa les 238 000 € frais compris en faisant des acheteurs sur place les gagnants. Qu’ils avaient l’air heureux ces gens! On en était content pour eux. L’estimation haute n’excédait pas 120 000 € pour cette huile sur toile signée en bas à droite mesurant 81 x 115 cm, intitulée « Bateaux de plaisance à Bebek Istanbul ». Le catalogue expliquait que l’oeuvre avait été acheté directement en Turquie au peintre Ibrahim Çallı par le père du vendeur.

Un autre exemple ci-dessous d’un tableau 55 x 65 cm vendu il y a peu de Hikmet Onat qui fit quasiment 30.000 euros. Le marché se situe essentiellement en Turquie.
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Frédéric Le Quer