L’hôtel Drouot en peinture

Par Vendredi 23 juin 2017 Permalink 1

Chaque semaine nous mentionnons ici même des résultats de ventes aux enchères pour des œuvres d’art diverses et variées. Celles-ci ont souvent lieu en l’hôtel Drouot, vieille maison du 9e arrondissement de Paris, inaugurée le 1er juin 1852. Si celui-ci a beaucoup évolué depuis sa création, s’est même « expatrié » sur la rive gauche, gare d’Orsay pendant un temps, l’ambiance reste assez typique et peut-être même pas très éloignée de ce qu’elle était en 1876 année au cours de laquelle un certain Benjamin-Eugène Fichel peint le tableau en une. Il « fourmille de détails savoureux » dixit l’hebdomadaire « la gazette Drouot » « rendant bien compte de l’effervescence » qui règne dans l’une des quatorze salles de vente qui existaient à cette époque.

La peinture était en vente hier chez Beaussant Lefèvre au sous sol de Drouot en salle 14. La fiche laisse entendre que cette huile sur toile, 61 x 90 cm, avec quelques restaurations, datée et signée, vient de la famille Guénot des coffres Fichet. Elle est raisonnablement annoncée compte tenu de l’artiste entre 10 000 et 15 000 €. En effet, si la peinture de genre de Fichel plut à ses contemporains avec ses manières de reportage, elle fut vite oubliée après sa mort. Mais ce tableau est bien peint, bonne perspective, bon cadrage, une foultitude de personnages et surtout le sujet qui tue! Le rédacteur de la Gazette Drouot pensait bien que l’estimation serait battu. Elle était pulvérisée à 100 000 €.

Plusieurs téléphones se battaient encore à 50 000 € mais à 80 000 hors frais, Tajan (de la maison de vente Tajan à Paris), homme assez menu, à la barbe fleurie et au sourire permanent, bermuda et chemise chamarrée, en salle, agissant en tant que courtier, téléphone à l’oreille, demandant à son client « On continue? » régulièrement, coiffa tout le monde au poteau.

Les ventes à 6 chiffres sont fréquentes actuellement en cette période de juin où sortent des œuvres de grandes qualité. Dorénavant, le plus souvent les acheteurs se cachent derrière un téléphone ou internet. Sauf avant hier pour un très beau portrait de la renaissance italienne où un couple âgé d’environ 70 ans poussa le dessin jusqu’à 240 000 € hors frais. Hélas l’oeuvre lui échappa car au téléphone une enchère fut portée à 250 000 € + les frais d’environ 25 %.

Un monde pour qui l’argent n’est pas une question, place actuellement ses réserves dans du concret, du palpable. Si le marché de l’art voit la valeur des œuvres moyennes s’éroder, celles de grandes qualités sont de plus en plus chères. Il existe la dessous un problème de confiance dans le système économique et financier.

Frédéric Le Quer