Les réformettes de Manuel Valls

Par Mercredi 10 décembre 2014 Permalink 28

Manuel Valls, dans ses petits souliers répliquait de Prague à Angela Merkel qui lui demandait d’en faire plus: « Bien peu de pays peuvent accomplir les réformes que mène la France ». Il n’est pas certain que Berlin et Bruxelles soient impressionnés par le projet de loi débattu ce jour en conseil des ministres que la classe journalistique française, dont l’audace n’est pas la qualité première, qualifie déjà de fourre-tout.

La posture réformatrice que se donne le gouvernement français en animant des polémiques vaines comme pour faire passer le temps, pour éviter les débats cruciaux est angoissante. Les individus aux commandes considèrent leur pays comme à ce point vieux et dépassé, qu’aucun changement n’est possible de l’intérieur et qu’il faut tout attendre d’un ailleurs, de l’étranger qui l’alignera, n’en doutons pas, sur la mode idéologique ambiante de la mondialisation. Alors les plans factices se multiplient, claironnés comme révolutionnaires par des conseillers en communication imaginatifs; ils ne sont que des interventions creuses de la part du gouvernement pour avoir l’air de travailler en attendant des jours peut-être meilleurs mais dont ils ne seront pas la cause.

Manuel Valls ne procrastine même pas; il n’a aucune intention, consciemment ou inconsciemment, de faire demain des réformes dignes pour un grand pays souffrant. Il en est politiquement à faire semblant, à avoir l’air ou à envoyer par contenance quelques coups de menton, telle sa réponse à la chancelière allemande. Ses bravades ne trompent plus. Les événements le dépassent et il a renoncé à feindre d’en être l’organisateur. Il se contente de donner quelques gages de bonne volonté aux ultralibéraux pour amadouer l’Union Européenne, la peur au ventre de voir demain les français se soulever.

Alors des anciens rapports sont ressortis puis édulcorés puis suggérés à l’opinion médusée par la défection de ses dirigeants. Et dans ces vieux pots, bien sûr, point de bonnes soupes. Un salmigondis d’idées trop minces pour donner l’illusion d’un possible changement ne peut donner un cap. La carence de Manuel Valls à la tète du gouvernement accentue le déclin d’un pays dont l’angoisse fondamentale est de ne plus croire en l’avenir.

Frédéric Le Quer

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