Les primitifs italiens

Par Dimanche 7 février 2016 Permalink 3

L’oeuvre des primitifs italiens, allant du duecento au quatrocento (XIIIe au XVe siècle) est essentiellement constituée dans les musées de retables et de la partie antérieure des coffres souvent offerts à l’occasion d’un mariage. Pour les fresques mieux vaut se rendre en Italie bien que le musée du Louvre en présente de Fra Angelico. Les représentations datant de l’époque gothique sont exclusivement religieuses, les scènes mythologiques ne venant que plus tard, le plus souvent sans souci de la  perspective « inventée » par l’architecte Filippo Brunelleschi au début du quatrocento et qui marquera le commencement de la Renaissance italienne.

Le retable est une construction verticale derrière l’autel, i.e. la table sur laquelle l’eucharistie est célébrée (Re-table) dans la religion chrétienne. Peint a tempera, technique précédent la peinture à l’huile permettant de diluer les pigments avec du jaune d’oeuf par exemple,  il est constitué de volets au-dessus la prédelle (planche de bois en longueur) encadrés verticalement par des pilastres de chaque coté et surmonté du pinacle. Volets, prédelles, pilastres, pinacles sont de nos jours éparpillés entre de nombreux musées à travers le monde et le visiteur ne voit qu’une partie de l’oeuvre globale destinée à être admirée à l’époque par les fidèles dans son entier.

Au Louvre, par exemple, le Quatrocento à Sienne est particulièrement bien représenté par des autels ayant été divisés, des volets, des prédelles et des pinacles ou par des panneaux de coffres. A cette époque la ville préfère exalter son art glorieux traditionnel que s’accaparer les nouvelles techniques venues de Florence qu’elle n’ignorait pas. En revanche l’iconographie pieuse et figée se transforme en scénettes dépassant le style purement gothique pour une teneur narrative soit charmante soit au contraire dramatique ou même gore. Les prédelles se  lisent horizontallement et un même personnage revient plusieurs fois pour montrer les différentes étapes de sa vie de saint par exemple. Les scènes de décapitation sont légions et les têtes sanguinolentes, aboutissement du martyr, posées sur les genoux d’une jeune femme impassible et élégante servent à l’édification du croyant!

Dans les ventes aux enchères ces œuvres sont rarissimes. Leur iconographie passée de mode fait qu’elles n’atteignent pas les sommets qu’elles mériteraient compte tenu de leur importance dans l’histoire de l’art. L’école toscane ci-dessous, tableau (47 x 42 cm) peint sur tempera et fond d’or, certes un peu tardif, 2e moitié du quinzième siècle, décrocha la somme de 10 835 € frais compris à Pau chez Gestas-Carrere Enchères de Bourbon SVV le 30 mai 2015 pour une estimation basse de seulement 4 000 €!SAM_1009

A noter toutefois la vente le mois dernier au musée du Prado d’un panneau (83 x 59 cm) de Fra Angelico pour 18 millions d’euros ce que les spécialistes considèrent être un prix avantageux (voir ci-dessous). Un autre de la même provenance a été donné au musée.SAM_1013

Frédéric Le Quer

PS:Image à la une: Le bienheureux Ranieri délivre les pauvres d’une prison de Florence, musée du Louvre, du peintre Stefano di Giovanni dit Sassetta (1392-1450 ou 1451).